{"id":1481,"date":"2021-03-14T10:44:27","date_gmt":"2021-03-14T09:44:27","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=1481"},"modified":"2021-03-14T11:50:51","modified_gmt":"2021-03-14T10:50:51","slug":"le-role-de-richard-de-grandmaison","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=1481","title":{"rendered":"Le r\u00f4le de Richard de Grandmaison"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">Extrait de l&rsquo;Altruisme autoritaire<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entr\u00e9e des t\u00e9moins. Ils sont quarante. D\u00e8s le premier regard, j\u2019aper\u00e7ois celui que j\u2019attendais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans l\u2019attendre. Je l\u2019esp\u00e9rais. Avec doute. Aurait-il l\u2019effront\u00e9 culot de se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019audience\u00a0? Tellement invraisemblable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cinquante ans. L\u2019air tr\u00e8s jeune. Ras\u00e9. Gouaille frip\u00e9e. Le dentier sup\u00e9rieur pro\u00e9minent. Phraseur. Mi-souriant. Mi-crisp\u00e9. Une m\u00e8che brune cachant une demi-calvitie. Tr\u00e8s d\u00e9gag\u00e9. En apparence, Ma\u00eetre de lui. Mais inquiet. Je le connais bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il va droit \u00e0 la juive qui s\u2019\u00e9trangle toujours sur ses papiers. Et sous mon nez, bigrement int\u00e9ress\u00e9, discute s\u00e9rieusement de la campagne de presse \u00e0 mener contre moi. Cinq minutes de chuchotements complices : \u00ab <em>Ch\u00e8re amie\u00a0!&#8230;\u2014 D\u2019accord, mon vieux\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>. Je per\u00e7ois quelques appr\u00e9ciations ahurissantes. Ma joie est infinie. J\u2019en voudrais au ciel lui-m\u00eame de ne pas avoir v\u00e9cu ce moment pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui est-il ce t\u00e9moin \u00e0 charge si important qui commande aux journaux, bouscule les gardes, parade dans le pr\u00e9toire, s\u2019installe au banc des avocats, serre la main du greffier, se carre \u00e0 grand fracas au premier rang du public, me d\u00e9signe du doigt ou du menton, susurre, insinue, fait la moue, ajoute aux propos de tous, appara\u00eet comme l\u2019organisateur d\u2019une cabale indign\u00e9e et v\u00e9h\u00e9mente ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Qui est-il?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je le connais mieux que personne. C\u2019est X de X, agent secret international. Officier (dit-il) du 2<sup>\u00e8me<\/sup> bureau, autrefois au service des Japonais, puis des Am\u00e9ricains, d\u00e8s 1940 se disant fasciste, le premier entr\u00e9 en contact avec les SS, intime de la comtesse Sekendorff (agent sp\u00e9cial d\u2019Hitler \u00e0 Paris), gros manitou au SD de l\u2019avenue Foch et du Bd Flandrin, principal collaborateur du Dr Borjo et du colonel SS Knocken, charg\u00e9 par les Allemands des plus grandes enqu\u00eates, politiques, polici\u00e8res, militaires. Dans la presse, r\u00e9dacteur en chef de \u00ab <em>Au Pilori <\/em>\u00bb d\u00e8s 1940, puis coadjuteur de Bunau Varilla au \u00ab <em>Matin <\/em>\u00bb jusqu\u2019en avril 44.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne le travail secret fran\u00e7ais, mon chef, et mon parrain&#8230; au SD de l\u2019avenue Foch o\u00f9 il m\u2019avait plac\u00e9 lui-m\u00eame d\u2019ordre du 2<sup>\u00e8me<\/sup> Bureau, pour ex\u00e9cuter les basses consignes, tandis qu\u2019il op\u00e9rait dans les \u00e9tages sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s avril 44, sans m\u2019en pr\u00e9venir, il passe au maquis. Grand R\u00e9sistant, FTP, aujourd\u2019hui\u00a0: attach\u00e9 \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 Nationale, Officier de l\u2019ORA. Inculp\u00e9 de \u00ab\u00a0collaboration\u00a0\u00bb, il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un classement imm\u00e9diat. T\u00e9moin \u00e0 charge contre moi qui n\u2019ai fait que suivre scrupuleusement ses ordres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019histoire vaut la peine d\u2019\u00eatre cont\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Octobre 39\u00a0: Dans les bureaux de ma petite soci\u00e9t\u00e9 cin\u00e9matographique, le personnage \u2013 qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par un confr\u00e8re \u2013 m\u2019explique le but de sa visite : un sc\u00e9nario antinazi. Il est \u2013 dit-il \u2013 agent du 2<sup>\u00e8me<\/sup> Bureau. Il a engag\u00e9 depuis toujours la plus farouche des guerres secr\u00e8tes contre l\u2019Allemagne. Collaborateur de Xavier de Hauteclocque, dont il me raconte le d\u00e9c\u00e8s suspect dans un wagon-lit de l\u2019Orient-Express, X de X, volubile, d\u00e9vide de succulentes histoires sur les dessous de l\u2019espionnage fran\u00e7ais. Il se pr\u00e9tend, avec aplomb, le h\u00e9ros d\u2019\u00e9tonnantes aventures&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques jours plus tard, il m\u2019apporte un document de 50 pages\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Carlotta, espionne nazie<\/em>\u00a0\u00bb, dont je tire aussit\u00f4t sc\u00e9nario, sign\u00e9 de nos deux noms et d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la St\u00e9 des Auteurs de Films.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avoue que, d\u00e8s le premier contact, l\u2019homme m\u2019a facilement conquis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant des ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 un na\u00eff, pr\u00eat \u00e0 tomber dans tous les bourbiers des religions de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il ne faut que me pr\u00e9senter un drapeau honorable. Roul\u00e9 sans cesse dans mes exp\u00e9riences infantiles, je me pr\u00e9cipite avec bonheur vers le pi\u00e8ge suivant, convaincu que l\u00e0 est la d\u00e9finitive v\u00e9rit\u00e9 \u2014ou tout au moins, les hommes meilleurs qui y tendent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les femmes m\u2019ont bafou\u00e9 autant que quiconque, bien que j\u2019ai eu, sur la plupart d\u2019entre elles, un ascendant de bonne virilit\u00e9. Mais j\u2019ai ressenti plus profond\u00e9ment que d\u2019autres leurs affronts d\u2019indiff\u00e9rence. Mes liaisons durables et mon mariage furent d\u00e9chirants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame en affaires. D\u00e8s vingt ans, d\u00e9vou\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019enthousiasme servile pour mes premiers ma\u00eetres au th\u00e9\u00e2tre, puis rebut\u00e9 par les intrigues qui sont la loi humaine. Attach\u00e9 \u00e0 nouveau \u00e0 un chef de maison qui m\u2019exploite jusqu\u2019\u00e0 l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9, je me f\u00e2che toujours d\u00e8s le r\u00e9veil et cours au devant de la nouvelle idole. En 1931, le syndicalisme me happe comme un chien errant en qu\u00eate d\u2019un collier. Je tra\u00eene d\u00e9sormais le fardeau des revendications sociales de toute une corporation o\u00f9 j\u2019\u00e9tais trop modeste artisan pour me donner le luxe de poser au chef de troupe.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Me voici en 1939, \u00e9puis\u00e9 d\u2019une course contre l\u2019argent, contre les fausses camaraderies, contre la politique de gauche, en face du plus habile des agents secrets fran\u00e7ais, qui n\u2019avait qu\u2019\u00e0 m\u2019ouvrir un c\u0153ur faussement compatissant, pour que je roule, la t\u00eate sur son gilet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><u>Il a profit\u00e9 de ma confiance illimit\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 m\u2019amener aujourd\u2019hui, au poteau d\u2019ex\u00e9cution<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Novembre, d\u00e9cembre 1939\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous lions plus avant. Il bourre nos entretiens de r\u00e9cits piquants. Il a tout connu, est en contact avec le monde entier, me pr\u00e9sente son chef du 2<sup>\u00e8me<\/sup> Bureau, qui est conservateur du mus\u00e9e parisien. Je lui avoue mes difficult\u00e9s ma\u00e7onniques. Il me conseille gravement. Je me donne comme un gamin \u00e0 cette aventure naissante o\u00f9 le prestige du personnage (grand nom de vieille famille fran\u00e7aise) joue autant que sa virtuosit\u00e9 \u00e0 manipuler les hommes. J\u2019ai trouv\u00e9, enfin l\u2019appui que j\u2019avais toujours cherch\u00e9. Dans une existence o\u00f9 je ne rencontre que des indiff\u00e9rents et des ennemis, enfin, un ami\u00a0!&#8230;<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Septembre 1940\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je rentre \u00e0 Paris apr\u00e8s les longues formalit\u00e9s de d\u00e9mobilisation. Affaires difficiles. Pas moyen d\u2019exploiter un film commercial r\u00e9alis\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Le Vichy naissant, bourr\u00e9 de p\u00e8res de famille, l\u2019avait interdit. J\u2019\u00e9tais fich\u00e9 sur la liste des notables ma\u00e7onniques. Double inconv\u00e9nient : les capitalistes me refusaient leur commandite, j\u2019\u00e9tais un rouge. Les camarades c\u00e9g\u00e9tistes m\u2019\u00e9vin\u00e7aient du circuit d\u2019affaires : j\u2019\u00e9tais un jaune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode o\u00f9 les communistes parisiens entraient \u00e0 flots \u00e0 la Continental Films, grassement pay\u00e9s par l\u2019occupant. Je n\u2019avais jamais eu l\u2019oreille des moscoutaires. Il fallait me r\u00e9signer \u00e0 arpenter le pav\u00e9 parisien en qu\u00eate d\u2019emploi. Toutefois, je ne manquais pas de ressort. Jamais n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019argent ne m\u2019a forc\u00e9 d\u2019agir contre ma plus haute volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la Ma\u00e7onnerie : visite au r\u00e9sidu de la Loge. Sur six pr\u00e9sents : cinq juifs \u2014gaullistes, naturellement\u2014 tous mes adversaires de la veille dans le proc\u00e8s d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9. Boulevers\u00e9 par la d\u00e9faite, je ne pouvais que rompre avec la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, coupable d\u2019engendrer le double monstre du capitalisme et du marxisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi, au fond\u00a0? Je crois l\u2019avoir trouv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout chr\u00e9tien libre, d\u00e8s le moment de la r\u00e9v\u00e9lation m\u00e9taphysique, s\u2019oppose au mat\u00e9rialisme qui d\u00e9vale de partout. Contre un fleuve rapide, \u00e0 contre-courant, la lutte est difficile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je t\u00e9l\u00e9phonai \u00e0 X de X, seul conseiller visible dans cette temp\u00eate. Nous nous rencontrons au caf\u00e9, puis chez lui, dans son petit studio montmartrois o\u00f9 il me pr\u00e9sente \u00e0 sa femme, aussi d\u00e9vou\u00e9e que lui-m\u00eame aux id\u00e9es fascistes. Quelques jours plus tard, de lui-m\u00eame, il me mettra en contact avec un officier SS\u00a0: le <em>hauptsturmf\u00fchrer<\/em> From\u00e8s, aide de camp du G\u00e9n\u00e9ral Thomas, charg\u00e9 de prospecter les milieux politiques fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">X de X est r\u00e9dacteur en chef de \u00ab\u00a0<em>Au Pilori<\/em>\u00a0\u00bb sous pseudonyme. Il m\u00e8ne \u00e0 son gr\u00e9 les campagnes anti-juives et anti-ma\u00e7onniques. Il m\u2019explique l\u2019\u00e9volution de la situation int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J\u2019ai toujours aim\u00e9 l\u2019aventure.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand X de X me proposa de rentrer au <em>Pilori<\/em>, pour y faire bonne besogne contre mes FF:.\u00a0 de la veille qui se pr\u00eataient \u00e0 cette inf\u00e2me com\u00e9die, je l\u2019ai remerci\u00e9 de sa confiance. On ne pouvait me donner outil plus aiguis\u00e9 pour taquiner les \u00ab pourris de la III<sup>\u00e8me<\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai tir\u00e9 \u00e0 plaisir sur ce troupeau de mis\u00e9rables. D\u2019autant plus violemment que j\u2019avais c\u00f4toy\u00e9 leur bassesse et que je connaissais tous les recoins crasseux du b\u00e2timent \u00ab\u00a0Trois Points\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">X de X d\u00e9cha\u00eene ma violence, m\u2019encouragea \u00e0 une grossi\u00e8ret\u00e9 de termes \u00e0 laquelle je m\u2019appliquai. L\u2019\u00e9quipe du <em>Pilori<\/em> \u00e9tait des plus aristocratiques\u00a0: marquis, comtes, vieux g\u00e9n\u00e9raux chevronn\u00e9s, glorieux combattants des deux guerres. La fine fleur d\u2019une \u00e9lite fran\u00e7aise depuis toujours anti-allemande comme anti-anglaise, non par chauvinisme, mais parce que, par d\u00e9finition, la France r\u00e9publicaine \u00e9tant serve de l\u2019\u00e9tranger, ils confondaient dans la m\u00eame r\u00e9probation le r\u00e9gime qu\u2019ils voulaient abattre et les mauvais voisins qui l\u2019avaient soutenu. Ils sentaient bien que l\u2019autoritarisme fasciste correspondait aux n\u00e9cessit\u00e9s du jour. La d\u00e9faite ne serait pas totale, pensaient-ils, si au moins elle servait \u00e0 purger la France de ses parasites. On cherchait de tous c\u00f4t\u00e9s des hommes pour se battre selon ce plan. Je pouvais, sur la Ma\u00e7onnerie, sur la Juiverie, sur certains milieux communistes, leur apporter de pr\u00e9cieux renseignements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9quipe du <em>Pilori<\/em> obtint un franc succ\u00e8s (Nous avions d\u00e9cap\u00e9 nos plumes \u00e0 l\u2019acide). Je rencontrai d\u00e8s ce moment, anciens communistes, socialistes, camarades frontistes, qui se d\u00e9couvraient militants actifs d\u2019une discipline nationale rigoureuse. Nous \u00e9tions bien accueillis par les anciens. Les ouvriers de la troisi\u00e8me heure rejoignaient ceux de la premi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La doctrine coulait en nous si naturellement qu\u2019il semblait que toutes nos exp\u00e9riences pass\u00e9es ne devaient aboutir qu\u2019\u00e0 cette explosion autoritaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019entrai au PPF. Je connus Doriot. Nous f\u00fbmes d\u2019accord sur tous les points.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">X de X sentit fort bien cette force imp\u00e9rieuse qui pousse l\u2019inspir\u00e9 \u00e0 d\u00e9ployer une activit\u00e9 inlassable. Il m\u2019utilisera \u00e0 fond. Journaliste. Agent Secret. Enqu\u00eateur. Plus tard, quasi-policier, quand il fallut se m\u00ealer directement au combat. Il patronna toutes mes activit\u00e9s comme un Officier donne des ordres \u00e0 son subordonn\u00e9. J\u2019\u00e9tais heureux de servir&#8230; et de risquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dois dire que je n\u2019aurais fait \u00e0 l\u2019instruction ni \u00e0 l\u2019audience, une quelconque r\u00e9v\u00e9lation, si X de X s\u2019\u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui maintenu dans la m\u00eame ligne id\u00e9ologique fran\u00e7aise. Je suis toujours d\u2019accord avec le couple que nous f\u00eemes d\u2019octobre 40 \u00e0 avril 44.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand il quitta <em>Au Pilori<\/em> je le suivis \u00e0 quelques mois. D\u00e8s lors, il monta en grade Avenue Foch, jusqu\u2019\u00e0 devenir l\u2019agent principal du SD, tout puissant dans les services ex\u00e9cutifs, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on prenait les d\u00e9cisions sur les rapports d\u2019en bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019entrai, ensuite, \u00e0 <em>L\u2019Appel<\/em>, o\u00f9 je trouvai une autre \u00e9quipe d\u2019officiers fran\u00e7ais, tous v\u00e9t\u00e9rans de la Grande Guerre. Les services anti-ma\u00e7onniques allemands me demand\u00e8rent ma collaboration. Je vins aux ordres chez X de X. Il m\u2019ordonna d\u2019accepter et de faire du z\u00e8le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 Tu dois passer tous les \u00ab papiers \u00bb d\u2019information, sans limitation de th\u00e8me.<br \/>\n<\/em><em>\u2014 Il faut gagner la confiance \u00e0 tout prix.<br \/>\n<\/em><em>\u2014 Ne t\u2019inqui\u00e8te pas des cons\u00e9quences, je surveille<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous f\u00fbmes, pendant quatre ans, apparemment des \u00ab\u00a0nazis 120% \u00bb (c\u2019\u00e9tait la formule employ\u00e9e \u00e0 Berlin pour d\u00e9signer les ultra-collabos parisiens). X de X me montra ses propres rapports. Ils fourmillaient d\u2019indications sur tous les man\u0153uvriers de gauche:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 Il faut d\u00e9blayer les gens de la R\u00e9publique<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais bien d\u2019accord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant quatre ans, je fus sur la br\u00e8che partout. \u00c0 Paris, r\u00e9dacteur en chef adjoint d\u2019un hebdomadaire, militant PPF actif, metteur en sc\u00e8ne de <em>Forces occultes<\/em>, collaborateur de revues anti-ma\u00e7onniques, administrateur du Cercle Aryen, organisateur des\u00a0 \u00ab \u00c9quipes du Mar\u00e9chal \u00bb, conf\u00e9rencier \u00e7\u00e0 et l\u00e0, jusqu\u2019en Allemagne, adjoint \u00e0 trois services SD dont l\u2019un surveille la Presse, l\u2019autre les ma\u00e7ons, le troisi\u00e8me les terroristes. \u00c0 Vichy, je suis patronn\u00e9 par le commissaire Richard (fusill\u00e9 en 48) qui m\u2019envoie au Docteur M\u00e9n\u00e9trel et \u00e0 l\u2019Amiral Platon. \u00ab\u00a0<em>Activit\u00e9 approuv\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>. J\u2019ai donc la couverture du Gouvernement fran\u00e7ais. Je rayonne sur le territoire sous mon pseudonyme le plus connu\u00a0: Paul Riche. Par les chefs locaux du PPF et mon propre r\u00e9seau d\u2019informateurs, je constate, jour par jour, la puissance grandissante du terrorisme sovi\u00e9to-gaulliste, en face duquel nous ne disposons que de moyens tr\u00e8s pauvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plongeant chez l\u2019adversaire pour la d\u00e9tection du banditisme politique, je me dissimule sous un certain nombre d\u2019autres identit\u00e9s. J\u2019avoue immodestement avoir r\u00e9ussi quelques coups rares.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">X de X sera charg\u00e9 par le SD de Paris, des enqu\u00eates d\u00e9licates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est lui qui, en 1942, p\u00e9n\u00e9trera par effraction sentimentale \u00e0 l\u2019Ambassade am\u00e9ricaine \u00e0 Vichy. C\u2019est lui qu\u2019on enverra en Afrique du Nord faire enqu\u00eate sur Weygand. C\u2019est lui qu\u2019on exp\u00e9diera au Portugal chez M. Salazar pour se renseigner sur les men\u00e9es anglaises. Il se sp\u00e9cialisera dans la lutte contre les J\u00e9suites (dont il f\u00fbt l\u2019\u00e9l\u00e8ve), allant jusqu\u2019\u00e0 abuser du confessionnal pour leur escamoter des tracts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son jeu r\u00e9el ne m\u2019appara\u00eetra que bien plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<strong>Avril 44\u00a0: La France est en guerre civile. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nos hommes tombent de tous c\u00f4t\u00e9s. Je voyage dans les coins les plus \u00e9prouv\u00e9s (Savoie &#8211; Dauphin\u00e9 &#8211; Lyon). Toutes les semaines, au Cercle ou au journal, je trouve mon paquet de menaces (cercueils, actes de d\u00e9c\u00e8s&#8230;) Depuis 40, nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 ce crachat. L\u2019adversit\u00e9 est le tonique du militant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au retour d\u2019un voyage, p\u00e9rilleux entre autres (six d\u00e9raillements ou explosions de voies ferr\u00e9es, deux travers\u00e9es de maquis), je bondis chez X de X pour les derniers ordres. Je le trouvai au milieu de ses meubles pr\u00e9cieux, ramass\u00e9s depuis quatre ans, gr\u00e2ce aux appointements confortables de la <em>Sicherheitdieenst<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 Je pars pour huit jours. \u00c0 mon retour, je te dirai quoi faire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne revis plus X de X que chez le Juge d\u2019Instruction&#8230; en 1946.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 avait inqui\u00e9t\u00e9 le SD. On enqu\u00eata. Il \u00e9tait dans l\u2019Allier et commandait un maquis FTP !!!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux de ses hommes restaient dans le service. Il nous semblait devoir continuer dans le m\u00eame sens.\u00a0 Pas d\u2019ordres contraires. Il aurait pu m\u2019ordonner de le suivre. Je me serais fort bien battu sous Giraud, ou Leclerc, c\u2019\u00e9tait dans la ligne anti-communiste, anti-CNR.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Huit jours avant son d\u00e9part, X de X m\u2019avait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 un grand commissaire sp\u00e9cial des Renseignements G\u00e9n\u00e9raux, tr\u00e8s important \u00e0 Vichy, \u00e0 qui il avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 notre double jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage (qui depuis 44 est des gros \u00ab r\u00e9sistants \u00bb de la rue des Saussaies) m\u2019avait vivement f\u00e9licit\u00e9. J\u2019ai su plus tard, que Vichyssois tr\u00e8s compromis, il avait sign\u00e9 pr\u00e9cipitamment un engagement antidat\u00e9 \u00e0 la \u00ab R\u00e9sistance \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, en septembre 1944, je me constituai prisonnier pour d\u00e9livrer ma m\u00e8re et ma femme arr\u00eat\u00e9es par un groupe maquisard (j\u2019avais l\u2019exp\u00e9rience de la fa\u00e7on dont on traitait les familles des \u00ab\u00a0collabos \u00bb), je me recommandai forc\u00e9ment de mon chef. On le rechercha. Il f\u00fbt pri\u00e9 de venir \u00e0 la DST pour explications. On ne nous confronta jamais&#8230; et pour cause\u00a0: quinze jours plus tard, de son propre bureau dans l\u2019immeuble, il enqu\u00eatait contre les \u00ab\u00a0collaborateurs \u00bb, ses amis de la veille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout de deux ans, \u00e0 l\u2019instruction, j\u2019obtins d\u2019\u00eatre mis en sa pr\u00e9sence. Il vint, accompagn\u00e9 de son avocat. Je r\u00e9ussis \u00e0 lui extorquer la seule phrase utile:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai utilis\u00e9, bluff\u00e9, roul\u00e9 cet homme&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet aveu sera bou\u00e9e. Il me r\u00e9pugne de ne pas prendre toutes les responsabilit\u00e9s. Mais je suis en face d\u2019un tribunal d\u2019assassins devant qui viennent d\u00e9poser d\u2019autres assassins et un fourbe. Je n\u2019ai pas le choix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre ans de pr\u00e9vention. J\u2019ai pu diff\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui un proc\u00e8s tr\u00e8s lourd. J\u2019aurais d\u00fb obtenir de X de X les t\u00e9moignages qu\u2019il me fallait pour qu\u2019on examine la part de responsabilit\u00e9 qui revient au militant et celle qui incombe au service command\u00e9. Non seulement il ne l\u2019a pas fait. Mais il est aujourd\u2019hui t\u00e9moin \u00e0 charge. Celui qui f\u00fbt mon chef, le fasciste le plus implacable du SD de Paris, donne \u00e0 cette minute les derni\u00e8res indications \u00e0 la juive communiste de service pour que la presse \u00ab r\u00e9sistante \u00bb m\u2019injurie plus particuli\u00e8rement et me d\u00e9signe pour l\u2019abattoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne comprendrai qu\u2019\u00e0 la r\u00e9flexion :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">a) Pourquoi il trahissait les Am\u00e9ricains jusqu\u2019en 1942,<br \/>\nb) Pourquoi il provoqua le rappel de Weygand,<br \/>\nc) Pourquoi il cacha Thorez chez lui, en 44 (aveu \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019instruction),<br \/>\nd) Pourquoi il commanda un maquis FTP,<br \/>\ne) Pourquoi le classement de son dossier,<br \/>\nf) Pourquoi le soutien que lui accord\u00e9 la presse communiste au cours du proc\u00e8s.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Richard de Grandmaison est cit\u00e9 dans un ouvrage de Simon Kitson, historien britannique (<em>The Hunt for Nazi Spies Fighting Espionage in Vichy France) dans un <\/em>extrait qui \u00ab plante le d\u00e9cor \u00bb de l\u2019espionnage et des agents doubles :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201c Military supremacy in 1940 was such that the SS were not supposed to operate in this country at all. Their first appearance was thus clandestine. Helmut Knochen arrived first, accompanied by a Sonderkommando (special commando) of about twenty SS. The sixth bureau of the Sipo-SD was the real intelligence organ of the Nazi Party and was responsible for collecting political and military information. Amongst its agents was the charismatic journalist <em>Count Richard de Grandmaiso<\/em>n (agent AG 311) who had already distinguished himself with his anti-Communist activity during the Spanish Civil War in the late 1930s. \u00ab\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>suite dans la version fran\u00e7aise, <em>Vichy et la chasse aux espions nazis;<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00bb Certaines professions permettent \u00e9galement de couvrir les activit\u00e9s de l&rsquo;espion. Traditionnellement le journalisme est associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;espionnage. Les deux professions ne sont pas si \u00e9loign\u00e9es : dans les deux cas, il faut chercher des renseignements et la fin justifie les moyens. Des journalistes allemand ou fran\u00e7ais circulent \u00e0 Vichy, et leur int\u00e9grit\u00e9 n&rsquo;est pas toujours au-dessus de tout soup\u00e7on. \u201d<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait de l&rsquo;Altruisme autoritaire Entr\u00e9e des t\u00e9moins. Ils sont quarante. D\u00e8s le premier regard, j\u2019aper\u00e7ois celui que j\u2019attendais. Sans l\u2019attendre. Je l\u2019esp\u00e9rais. Avec doute. Aurait-il l\u2019effront\u00e9 culot de se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019audience\u00a0? Tellement invraisemblable. Cinquante ans. L\u2019air tr\u00e8s jeune. 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