{"id":2067,"date":"2021-04-10T18:28:49","date_gmt":"2021-04-10T16:28:49","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2067"},"modified":"2021-04-11T17:25:32","modified_gmt":"2021-04-11T15:25:32","slug":"jm-a-jr-fresnes-46-06-10","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2067","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 46\/06\/10)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2063\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2072\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Lundi de Pentec\u00f4te<br \/>\n10 juin 1946<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma Jeannette ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avoir en face de son nez (grand) un bambin blond qui tient une p\u00e9dalette <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> dans un jardin fleuri, et qui regarde \u00e9tonn\u00e9 avec de beaux yeux candides sa m\u00e8re qui prend la photo, nous place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re, nous fait \u00e9pouser le geste heureux de la m\u00e8re qui a le bonheur de toucher des arbres de pr\u00e8s, de fouler du pied le gravier fin d\u2019un jardin <img loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-2076\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/FGR19460428a-Lozere-232x300.jpg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"232\" \/>de banlieue, de s\u2019amuser sur les bords de la route, parce qu\u2019elle n\u2019est pas dangereuse pour l\u2019\u00c9tat. Tandis que nous, qui sommes des \u00eatres exceptionnellement cruels, barbares, \u00e9pouvantablement sadiques, qui avons commis les pires crimes, qui avons d\u00e9sob\u00e9i \u00e0 la loi du plus grand nombre, qui ne nous sommes pas soumis \u00e0 tous les ordres qui venaient de tous les comit\u00e9s, qui avons r\u00e9sist\u00e9 au vent de folie qui tourneboule la t\u00eate des peuples ivres d\u2019une libert\u00e9 anarchique, nous ne devons plus voir pour l\u2019instant les images de ceux que nous aimons qu\u2019\u00e9pingl\u00e9es sur le mur, et le sourire fixe rappelle de bien doux souvenirs \u00e0 travers quoi se meuvent les formes. Il est superbe ton, notre, gosse. Il est magnifique de sant\u00e9, heureux de se trouver dans un monde parfait, tendant les bras \u00e0 la vie. Il sait qu\u2019autour de lui ne s\u2019agitent que des anges aim\u00e9s et amoureux que des pens\u00e9es ail\u00e9es et bienfaisantes et applaudit \u00e0 tout ce bonheur. Je joins mes v\u0153ux, mes caresses, mes tendresses \u00e0 tout ce qu\u2019on lui promet, tout ce qu\u2019on lui donne, et\u2026 restera-t-il quelque chose pour la m\u00e8re\u00a0? Tu sais que j\u2019aime beaucoup, que j\u2019adore, les enfants. Tu les sais bien, car tu es si enfant que tu as du sentir quelque chose, parfois\u2026souvent\u2026 tr\u00e8s souvent\u2026 toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette semaine tu as \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s gentille. Tu m\u2019as \u00e9crit souvent, longuement, avec tout ce qu\u2019il fallait pour avoir de quoi vivre et sentir que dans cette sacr\u00e9e existence tout ne vous abandonne pas lors du naufrage. Au contraire. Il semble que les \u00e9preuves donnent un regain de vie \u00e0 l\u2019amiti\u00e9, \u00e0 l\u2019affection, \u00e0 l\u2019amour. Je crois que ce qui aura r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve sera d\u2019une qualit\u00e9 si solide que rien ne pourra le d\u00e9truire, car c\u2019est en ce que nous manifestons d\u2019\u00e9ternel que nous prouvons notre vitalit\u00e9 et notre harmonie. Aucune violence, aucune condamnation, aucune prison ne pr\u00e9vaut contre la douceur, la patiente pri\u00e8re qui nous apprend les lois de la vie, l\u2019infini de notre joie permanente quand nous ob\u00e9issons aux incantations les plus hautes de la musique int\u00e9rieure. \u00c0 propos, o\u00f9 en sont les <em>B. d\u2019O<\/em>r <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0? Je voudrais bien en avoir un exemplaire pour le corriger. Veux-tu le donner le plus t\u00f4t possible \u00e0 Mme D. Tu sais que j\u2019ai l\u2019autorisation du juge pour cela. C\u2019est une des pi\u00e8ces capitales de ma d\u00e9fense. Je compte sur toi, petite f\u00e9e, petite amie, petite femme, petite maman, petite fille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce moment la vie est \u00e0 la fois tr\u00e8s douce et tr\u00e8s dure. Il faut une fermet\u00e9, une volont\u00e9, une assurance, une foi profonde en la justice r\u00e9elle, en l\u2019immanence <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> et la permanence d\u2019un ordre sup\u00e9rieur pour supporter les d\u00e9sirs, les suggestions qui arrivent parfois en foule \u00e0 l\u2019esprit. Et le combat mental semble souvent difficile. Puis tout se calme, s\u2019\u00e9claircit, s\u2019apaise. Il se r\u00e9tablit une immense accalmie et nous ouvrons nos yeux sur des fleurs reposantes, nos esprits \u00e0 des rires enfantins. La haine gronde encore, hurlante au dehors, d\u2019autant plus qu\u2019il semble qu\u2019elle va s\u2019effondrer tr\u00e8s vite, qu\u2019elle est d\u00e9j\u00e0 morte, emport\u00e9e par le vent, que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pi\u00e8ge grossier, un nuage de pr\u00e9jug\u00e9s. Et nous qui avons conserv\u00e9, ballot\u00e9s durement par les vagues de cette terrible temp\u00eate, notre ind\u00e9pendance et notre sourire, nous pouvons d\u00e9j\u00e0 nous reposer avec moins de fatigue sur l\u2019oreiller o\u00f9 souvent poussaient les cauchemars. C\u2019est un dr\u00f4le de sentiment que se dire tous les jours\u00a0: Tiens\u00a0! C\u2019est curieux, je n\u2019entends plus que cinq bruits de chaines au lieu de huit. Qu\u2019\u00e0-t-on fait des trois autres\u00a0? Ou bien, qu\u2019est-ce qu\u2019on va me coller\u00a0: la mort ou perp\u00e8te\u00a0? et de penser \u00e0 des tas de consid\u00e9rations accessoires. Et de lire des vers ou la Bible, et de philosopher en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Et de se dire\u00a0: apr\u00e8s la mort, qu\u2019est-ce que je penserai de tout \u00e7a, que la vie continue et qu\u2019elle est belle quand m\u00eame. Car nous ne disparaissons jamais dans le n\u00e9ant s\u2019il y a en notre peu d\u2019esprit la petite lueur qui brille et fait entrevoir l\u2019immense lumi\u00e8re qui r\u00e9jouit tous les vivants dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 des cieux et des terres indescriptible \u00e0 l\u2019esprit humain. L\u2019enveloppe humaine, c\u2019est la feuille de l\u2019arbre. Elle tombe avec le vent. Une autre pousse. L\u2019arbre demeure. L\u2019esp\u00e8ce demeure quand l\u2019arbre est mort et ainsi de suite. Et ceci n\u2019est encore que l\u2019ombre d\u2019un r\u00eave. Car la r\u00e9alit\u00e9 est autrement permanente. Que voil\u00e0 des pens\u00e9es hautes et claires. Point sombres du tout comme on pourrait le penser. Au contraire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis ravi que tu ailles \u00e0 Loz\u00e8re cette semaine. Tu y feras sans doute des photos et j\u2019en profiterai bient\u00f4t. Douze photos pour le moins ! Dans toutes les poses : de dos, de face, de profil, gros plan, en pied, dans toutes tes robes, avec ou sans ruban dans les cheveux. Et ne pas oublier le sourire. Tu sais que chaque photo vaut une lettre. Pense \u00e0 moi quand tu poses, pour voir si tu a l\u2019air amoureux et aimable !!! V\u00e9rification. J\u2019aurai aussi des fleurs des champs. Que de cadeaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surtout dis bien \u00e0 tes amis qu\u2019il n\u2019y a pas de raison d\u2019\u00eatre d\u00e9rang\u00e9 maintenant avant octobre au moins. Pourquoi plus t\u00f4t\u00a0? Rien \u00e0 se dire. Compris\u00a0! \u00c0 ce moment l\u00e0, nous aviserons. On peut tout quand on veut. Les oiseaux chantent. Le soleil br\u00fble la peau. Mes \u0153illets poussent vite. Les b\u00e9gonias s\u2019ouvrent. Mes pens\u00e9es sont toutes droites et ont fleuri magnifiquement depuis quinze jours. Procure toi quelques graines \u00e0 semer en juin, ou quelques oignons tardifs. J\u2019adore voir pousser les plantes. Extraordinaire. Tu ne peux imaginer ce qui est contenu dans une graine d\u2019\u0153illet. Myst\u00e8re de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aurais-tu cru que de toi m\u00eame naitrait un aussi gros gar\u00e7on\u00a0? Tu en es encore toute g\u00e2t\u00e9e. Comme toutes les m\u00e8res. Il faut l\u2019aimer car Dieu l\u2019aime et l\u2019a fait resplendissant, plein de toutes les qualit\u00e9s, bien plus beau encore que tu le crois. Inimaginablement\u00a0 intelligent, doux, puissant, fort en toutes choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette semaine je n\u2019ai point pens\u00e9 \u00e0 la politique. M\u2019en f\u2026. totalement. Les hommes sont idiots de tourner en rond dans leurs orni\u00e8res. Plus on leur met le doigt sur la solution, plus ils la refusent. Alors, qu\u2019ils paient leurs erreurs. Nous pas. Nous sommes bien fermement d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 ne pas payer les erreurs des autres. Et (l\u2019on accuse toujours son voisin, mais cette fois nous avons les preuves) ce n\u2019est pas nous qui avons les torts. Fichtre non\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je t\u2019embrasse. Tu m\u2019embrasses. Nous nous embrassons. Voil\u00e0 le verbe conjugu\u00e9. Il n\u2019y a pas besoin d\u2019autre temps. Nous deux, rien que nous trois. Nous trois, rien que nous deux. Tu sais que je t\u2019aime beaucoup, beaucoup pour parler ta langue imag\u00e9e. Gros, gros, gros, bisous ! Gros comment ? Ils se mesurent au m\u00e8tre !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00eaves de plaisanteries. Tu sais que je pense tr\u00e8s s\u00e9rieusement \u00e0 ton bonheur, si tu veux bien me laisser y penser. Nous verrons comment y parvenir. Une fois qu\u2019on m\u2019aura jet\u00e9 une corde pour me tirer de la flotte o\u00f9 je me d\u00e9bats, nous nous retrouverons sur la terre ferme, les pieds par terre. Et je ne crois pas que tu soies trop malheureuse si tu as la patience d\u2019attendre. Merci pour tout ce que tu fais. Tu sais que chaque petit paquet est un tr\u00e9sor. Comme toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moi aussi je rajoute des choses dans le coin. Il ne faut pas laisser perdre une seule occasion de se le dire, de le penser, de le sous-entendre, de le redire, de le chanter. Je t\u2019aime bien, bien, oui, tr\u00e8s bien. Sans regarder en arri\u00e8re. L\u2019avenir est \u00e0 nous. Gros, gros, gros, gros\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> P\u00e9dalette\u00a0: (patinette ou trottinette \u00e0 p\u00e9dale)\u00a0: Jouet compos\u00e9 d&rsquo;une plate-forme allong\u00e9e mont\u00e9e sur deux petites roues et d&rsquo;un guidon \u00e0 direction articul\u00e9e, que l&rsquo;enfant fait avancer en s&rsquo;aidant d&rsquo;un pied qu&rsquo;il pose r\u00e9guli\u00e8rement par terre pour donner l&rsquo;impulsion ou en actionnant une p\u00e9dale en un mouvement de va-et-vient (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Les barreaux d\u2019or<\/em> : recueil de po\u00e8mes \u00e9crits pendant sa premi\u00e8re ann\u00e9e de d\u00e9tention. Ils seront publi\u00e9s en Suisse \u00e0 titre posthume par son fils Bernard (note de FGR).<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> L&rsquo;immanence d\u00e9signe le fait de demeurer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Un principe m\u00e9taphysique immanent est donc un principe dont l&rsquo;activit\u00e9 non seulement n&rsquo;est pas s\u00e9parable de ce sur quoi il agit, mais il le constitue de mani\u00e8re interne. Ce concept s&rsquo;oppose \u00e0 la transcendance, qui est le fait de sortir, d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. L&rsquo;utilisation de ces concepts n\u00e9cessite la d\u00e9finition pr\u00e9alable de l&rsquo;int\u00e9rieur, de l&rsquo;ext\u00e9rieur et de leur fronti\u00e8re (note de FGR).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Lundi de Pentec\u00f4te 10 juin 1946 Ma Jeannette ch\u00e9rie, Avoir en face de son nez (grand) un bambin blond qui tient une p\u00e9dalette [1] dans un jardin fleuri, et qui regarde \u00e9tonn\u00e9 avec de beaux yeux candides sa m\u00e8re &hellip; <a href=\"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2067\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":11,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"folder":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2067"}],"collection":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2067"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2067\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2077,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2067\/revisions\/2077"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2067"}],"wp:term":[{"taxonomy":"folder","embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ffolder&post=2067"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}