{"id":2279,"date":"2021-04-20T16:22:03","date_gmt":"2021-04-20T14:22:03","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2279"},"modified":"2024-01-21T18:08:03","modified_gmt":"2024-01-21T17:08:03","slug":"jm-a-jr-fresnes-47-02-23","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2279","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 47\/02\/23)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2274\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2288\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Dimanche 23 f\u00e9vrier 1947<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il m\u2019est joyeux d\u2019\u00e9crire ces deux mots \u00ab\u00a0<em>ma ch\u00e9rie<\/em>\u00a0\u00bb qui contiennent tout ce que j\u2019y mets et tout ce que tu y apportes. Il m\u2019est joyeux de penser \u00e0 toi, de savoir que j\u2019ai un amour quelque part, qui vit comme un feu couve et br\u00fble, et renait et conserve ind\u00e9finiment sa chaleur. Il m\u2019est pr\u00e9cieux de savoir que tu vis du m\u00eame br\u00fblot, de la m\u00eame source chaude, de la m\u00eame flamme qui fait vivre. Et je repose ma t\u00eate sur ton \u00e9paule, et sur notre amour, et sur ton sein, et sur notre paix, et sur ta tempe, et sur notre espoir. Nos souvenirs comme nos lendemains sont de la m\u00eame p\u00e2te tendre. Je n\u2019ai rien de mieux \u00e0 t\u2019offrir qu\u2019un c\u0153ur qui se donne avec sa loyaut\u00e9 pure. On construit sur cette pierre l\u00e0 des royaumes de dimensions infinies. Il n\u2019est pas plus solide dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Mais il faut vivre avec moi. Et tes yeux que j\u2019ai emport\u00e9s comme un voleur pour les avoir capt\u00e9s derri\u00e8re le grillage de jeudi dernier sont si remplis de patience sereine qu\u2019ils m\u2019ont ouvert des portes nouvelles. Si je t\u2019aime autant c\u2019est que j\u2019ai devin\u00e9 d\u00e8s le premier jour que tu contenais un monde secret. \u00c0 force d\u2019attendre l\u2019\u00e9t\u00e9 les fleurs s\u2019ouvrent, les bouches rieuses aussi et les \u00e2mes se d\u00e9nouent. Donne-moi ta main et ne quitte plus mes doigts entrelac\u00e9s sur les tiens. Il faut aller d\u2019un m\u00eame pas jusqu\u2019au bout du bonheur, ne plus rien craindre, ne plus rien souffrir qui ne soit pas \u00e0 la taille de notre confiance, et de notre certitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai travaill\u00e9 tout l\u2019apr\u00e8s-midi comme un petit ange. On ne rode jamais assez ses po\u00e8mes, ses pens\u00e9es, ses secr\u00e9tions d\u2019esprit. Pour arriver \u00e0 tailler un diamant il faut des mois. Combien d\u2019ann\u00e9es pour tailler un homme\u00a0? Sais-tu petite fille ce que c\u2019est que l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0? Sais-tu que pour t\u2019avoir rencontr\u00e9e un jour, inscrite dans les parties du grand livre \u2014et tu m\u2019\u00e9tais destin\u00e9e de par Dieu\u2014 nous ne nous quitterons plus jamais. Sauf que nous changerons de robe ou de peau, pour mieux sentir la coh\u00e9sion qui s\u2019attache aux esprits parfaits. Sais-tu ce que c\u2019est que de vivre avec tant de pr\u00e9cision et d\u2019intensit\u00e9 qu\u2019on sente \u00e0 distance tout le bon de la personne qui s\u2019\u00e9chappe et se condense et se dirige vers vous\u00a0? Et s\u2019il m\u2019arrive de capter tes baisers qui m\u2019arrivent par la fen\u00eatre, et si, du profond du mur, j\u2019entends le souffle de ta respiration, et si je te vois vivre mieux qu\u2019avec des yeux de chair et d\u2019eau, et si je lis en toi comme sur un nuage o\u00f9 s\u2019inscrivent les mots qui p\u00e9n\u00e8trent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jeudi, je n\u2019avais point encore re\u00e7u ton pneumatique. Pour\u00a0 compl\u00e9menter ma documentation, j\u2019ai besoin que tu m\u2019envoies<\/p>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">le 2<sup>\u00e8me<\/sup> volume des <em>M\u00e9morables<\/em> de X\u00e9nophon publi\u00e9 chez Hatier<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">du m\u00eame X\u00e9nophon, <em>L\u2019Apologie de Socrate<\/em> et <em>Le Banquet<\/em> (et non point ceux de Platon que j\u2019ai. Ils sont deux \u00e0 avoir \u00e9crit sur le sujet). Je pense que le m\u00eame Hatier a du \u00e9diter la chose. Et ce sera tout. S\u2019il faut autre chose je te le dirai.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pense au dictionnaire des synonymes. Si tu n\u2019a pas encore remis le livre vert \u00e0 Demeury, donne-le lui, avec un 2<sup>\u00e8me<\/sup> exemplaire de <em>Lancelot<\/em> (si cela est fait ne la d\u00e9range pas \u00e0 nouveau). N\u2019oublie pas\u00a0: taie d\u2019oreiller, brosse \u00e0 dent, Nescaf\u00e9 (si possible) mais ceci est pour demain et j\u2019aurai tout sans doute (17h30\u00a0: bien re\u00e7u brosse \u00e0 dent et taie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a \u2014parait-il\u2014 parl\u00e9 de moi au palais, dans un proc\u00e8s o\u00f9 passait mon ami T. Dessus et ma secr\u00e9taire, vieille sorci\u00e8re, la dame B. Provost <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. C\u2019est le commissaire du gouvernement Duttrot (orthographe \u00e0 v\u00e9rifier) qui requ\u00e9rait et qui, comme de bien entendu, ignorant tout de mon dossier, m\u2019a d\u00e9peint sous le jour le plus noir. Mais nous en avons vu d\u2019autres. Il n\u2019apparait pas que cela importe et change quoi que ce soit \u00e0 ma destin\u00e9e. Le jour o\u00f9 ces messieurs voudront bien me convoquer, je saurai quoi leur dire, abondamment, et avec pr\u00e9cision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l\u2019instant, je dors tranquille, en toute conscience pure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rassure-toi. Je ne suis pas dans le \u00ab\u00a0complot fasciste\u00a0\u00bb dont, parait-il, on parle \u00e0 la radio et qui permit ici une rafle de papiers sans valeur chez de pauvres bougres traqu\u00e9s. Il faut bien distraire le public de ses pr\u00e9occupations de vie ch\u00e8re. Alors\u00a0! Faisons donner la cloche d\u2019alarme. Tout cela est ridicule. Moi, qui ne me m\u00eale de rien, je ne consentirai pas \u00e0 lever le nez de dessus ma <em>Bible<\/em> pour \u00e9couter de pareilles sornettes. Et si j\u2019avais toujours \u00e9t\u00e9 aussi sage, je ne serais pas ici. La politique est une maladie qui ne me reprendra pas. Pas vrai. Tu es contente ? \u00c0 propos, d\u00e9p\u00eache-toi de taper tout ce que tu as pour mon dossier. J\u2019ai besoin d\u2019\u00eatre pr\u00eat, au cas o\u00f9 l\u2019affaire passerait plus vite qu\u2019on ne le croit. As-tu pressenti Bourquin ? D\u00e9marche-le. Remue. Bouge. Il faut r\u00e9ussir. Et, de Belgique, pas de nouvelles ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les bruits les plus curieux courent en ce moment. Cette gr\u00e8ve des journaux prive de beaucoup de nouvelles pr\u00e9cises. On ne sait gu\u00e8re comment le monde tourne. On sait que la r\u00e9union pour l\u2019amnistie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9command\u00e9e car on craignait du grabuge. Que la contre-manifestation communiste \u00e9tait ouvertement arm\u00e9e. On sait aussi que de tr\u00e8s grands \u00e9v\u00e8nements se pr\u00e9parent si l\u2019on en juge par l\u2019inqui\u00e9tude des milieux gouvernementaux. On sait tout ce qu\u2019on imagine sans doute. Peut-\u00eatre ne sait-on rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui est. Peut-\u00eatre que ce qui est n\u2019est-il que l\u2019exag\u00e9ration de ce qu\u2019on croit savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sais en tous cas une chose, et celle-l\u00e0 je la sais bien, c\u2019est que la fa\u00e7on dont tu m\u2019as dit \u00ab\u00a0Tout va tr\u00e8s bien\u00a0\u00bb m\u2019a r\u00e9joui. Car tu es courageuse, et l\u2019on peut se reposer sur toi et je suis tranquille pour tout ce qui te concerne et ce qui concerne Fr\u00e9d\u00e9ric. Et je sais qu\u2019il est prot\u00e9g\u00e9. Car j\u2019y pense, \u00e0 mon fils, \u00e0 notre fils, au bout de chou qui deviendra grand.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mes tulipes sont intactes comme au premier jour. Ce que c\u2019est que d\u2019\u00eatre aim\u00e9es. Et tu m\u2019as parue aussi jeune que la premi\u00e8re fois o\u00f9 je te vis dans cette rue des Mathurins, si triste de bruits, si bouscul\u00e9e de souvenirs. Et je viens d\u2019\u00e9pousseter la poussi\u00e8re sur le bord de ta photo. Je n\u2019ai plus \u00e0 faire qu\u2019\u00e0 penser \u00e0 toi. Si j\u2019\u00e9crivais notre roman\u00a0? Roman d\u2019un sou, d\u2019un jour, d\u2019un an, d\u2019une vie. Sais-tu que la graine du plus gros arbre du monde, le baobab, est toute petite. On n\u2019imagine jamais qu\u2019il sortira de l\u00e0 un tel g\u00e9ant. Ainsi de nos d\u00e9buts de liaison. Ainsi de nos premi\u00e8res rencontres. On croyait s\u2019effleurer, et puis tout a grandi si lentement, imperceptiblement qu\u2019on est tout \u00e9tonn\u00e9 d\u2019avoir construit tant et si bien. Un amour est comme un palais. On n\u2019en finit jamais de l\u2019orner et de l\u2019agrandir. Chaque ann\u00e9e on ajoute une aile, chaque mois un tableau, chaque jour un coussin brod\u00e9, chaque heure une bague au doigt de sa dame, ou une fleur dans le vase d\u2019argent, ou un relent de parfum, ou une page de prose savante, ou un coup d\u2019\u0153il de vie. Je pense \u00e0 t\u2019aimer comme un sculpteur gratte sa pierre, plus il rode, plus l\u2019\u0153uvre se d\u00e9gage, \u00e9lanc\u00e9e, et ce n\u2019est qu\u2019une \u00e9bauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Crois-tu que ce parloir \u00e9tait court et ce gardien indiscret\u00a0! Mais nous avons tout dit, sans rien nous dire. Nous nous sommes regard\u00e9s mieux encore, et tout ce qui planait et couvait en nous s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 pour notre joie. Que ne viens-tu tous les huit jours\u00a0! Patience\u00a0! En attendant, que ne m\u2019\u00e9cris-tu pour le moins trois fois par semaine. Trois jours sans lettre c\u2019est trop. Disons donc que le lundi, mercredi ou vendredi. \u00c0 moins que ce ne soit les mardi, jeudi, samedi et quelque fois le dimanche. Tu voudras d\u00e9vider tout au long ce que tu penses, ce que tu vois, ce que tu fais, ce que tu esp\u00e8res, ce que tu projettes. Et parle bien de tout comme de rien pourvu que je te lise. Tu n\u2019\u00e9cris pas assez. Pas assez souvent, pas assez long, pas assez serr\u00e9. Je pourrais t\u2019\u00e9crire des lettres aussi longues tous les jours s\u2019il me prenait fantaisie de t\u2019exprimer en roman tout ce qui nous int\u00e9resse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon voisin de fen\u00eatre (est-ce au-dessous ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ?) vient de lancer quelques bobards. Nouvelles bidon. Les gens s\u2019imaginent toujours que du pire, il sortira un mieux. D\u2019autres souhaitent, tels des h\u00e9ritiers avides, que cr\u00e8ve la mar\u00e2tre pour prendre la place ; les hommes sont curieux, incapables, pour la plupart, de rien cr\u00e9er, ils ne v\u00e9g\u00e8tent que de la richesse des autres. Et celui qui cr\u00e9e est le plus attaqu\u00e9 par le plus riche en soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai lu cette semaine deux ou trois bouquins sur le th\u00e9\u00e2tre du moyen-\u00e2ge, le <em>Babitt <\/em>de Sinclair Lewis,(un chef d\u2019\u0153uvre de reportage humoristique romanc\u00e9), une vie de Shakespeare, une partie de l\u2019histoire des religions (chapitre sur l\u2019\u00e9gyptologie et les religions babyloniennes). Je m\u2019int\u00e9resse aussi aux Celtes, aux druides, un peu \u00e0 Socrate (d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9), beaucoup \u00e0 la m\u00e9taphysique chr\u00e9tienne. Je vais entreprendre ce soir un roman de Conrad avant la rituelle partie d\u2019\u00e9checs que je commence \u00e0 gagner \u00e0 peu pr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement (je l\u2019ai perdue\u00a0!!!)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sais-tu que cette lettre a \u00e9t\u00e9 entrecoup\u00e9e de deux tasses de th\u00e9, d\u2019un d\u00eener avec caf\u00e9, et que je n\u2019ai pas encore fait ma vaisselle du soir. Sais-tu aussi que j\u2019aurai us\u00e9 mon \u00e9ponge m\u00e9tallique dans quinze jours environ, que ton tampon de verre fait merveille, mais qu\u2019il s\u2019use d\u00e9j\u00e0, et que dans un mois \u00bd environ\u2026 que le gui et le houx sont toujours beaux et luisants, que les jacinthes poussent (du moins les deux qui restent) et que je trouve la vie belle et pr\u00e9cieuse quand elle est v\u00e9cue noblement, c&rsquo;est-\u00e0-dire non point la t\u00eate chaude sur la table en pensant aux mis\u00e8res du monde, mais le sourire discr\u00e8tement cach\u00e9 sous le b\u00e9ret en d\u00e9couvrant les myst\u00e8res de Dieu. Chaque \u00e9preuve est une marche \u00e0 gravir qui nous donne tant d\u2019\u00e9lasticit\u00e9, qui \u00e9veille en nous tant de forces, que nous en sortons enrichis de tous les dons que le monde nous refusa. Et plus tu entendras dire du mal de moi, plus tu en penseras du bien. Qui a le droit d\u2019accuser son voisin de forfaiture, quand il se pr\u00eate au jeu d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais me reposer pour ce soir de tant d\u2019\u00e9panchements. Et n\u2019aimes-tu pas mieux que je me taise le soir quand il ne faut plus qu\u2019\u00e9couter le c\u0153ur battre dans le silence des embrasements retrouv\u00e9s. Et mon souffle sur l\u2019oreille n\u2019est-il pas chanson\u00a0? Et ma tempe chaude n\u2019est-elle pas pri\u00e8re\u00a0? Je te mettrai \u00e0 genoux devant la vie et l\u2019esp\u00e9rance pour que ton c\u0153ur se gonfle de ti\u00e9deur et de s\u00e9curit\u00e9. Dors tranquille. L\u2019ange qui veille sur toi est le mien.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Lundi.<\/u><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai vu mon colis de loin ce matin avec une \u00e9tiquette toute neuve et j\u2019ai pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait toi qui avait \u00e9crit ces lettres, et cousu la toile, et envelopp\u00e9 le paquet, et pris le m\u00e9tro. Tout cela c\u2019est de l\u2019amour \u00e0 quelques m\u00e8tres. On ne peut \u00eatre plus pr\u00e8s de ta pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon camarade, qui est pass\u00e9 en Cour, me dit que le pr\u00e9sident Dagonel qui pr\u00e9side la 13<sup>\u00e8me<\/sup> chambre aurait pr\u00e9vu une grosse charrette (dont mon dossier) pour le 23 avril avec le commissaire du gouvernement Buttrot (voir orthographe). Peux-tu te renseigner sur le fait et sur la date\u00a0? Tout cela me semble improbable, mais qui sait\u00a0? D\u2019autre part, peux-tu savoir s\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable de passer ainsi en charrette dans une petite chambre ou bien d\u2019attendre encore\u00a0? Et puis, mon dossier n\u2019est pas pr\u00eat. Enfin, renseigne-toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les colis, ne mettre du flocon d\u2019avoine que tous les quinze jours et les autres fois le remplacer par un pain Hovis (qui p\u00e8se 320g). Maintenant, si les denr\u00e9es deviennent plus rares, mettre les deux toutes les semaines (ce qui serait \u00e9patant). Avec un pain Hovis et un paquet de flocons par semaine je suis assur\u00e9 de tenir le coup. Vois cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vois Floriot d\u00e8s que tu as des tuyaux.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>17h30<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai re\u00e7u mon camarade qui me pr\u00e9cise que Plagenet aurait pr\u00e9vu 3 jours apr\u00e8s le 27 avril. Mais sans Buttrot. Vois cela. Je passe un pneu \u00e0 Floriot. Il me semble invraisemblable qu\u2019on puisse prendre date pour moi alors que le dossier est encore \u00e0 l\u2019instruction et que mon avocat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0-dessus, je dormirai tranquille cette nuit du plus profond de ma conscience pure. Et je te verrai en r\u00eave, toute menue, et si pr\u00e8s de moi, et si heureux tous deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 bient\u00f4t te lire. J\u2019ai re\u00e7u tout \u00e0 l\u2019heure ton mot de jeudi. Mais oui, il \u00e9tait ennuyeux cet importun qui s\u2019est m\u00eal\u00e9 de notre conversation. Mais nous nous sommes tout dit malgr\u00e9 tout. Et ce n\u2019est pas fini. Le colis est parfait, comme toujours. Sois tranquille de plus en plus. Les nouvelles qui courent sont des plus rassurantes pour les honn\u00eates gens. Nous arriverons bien \u00e0 d\u00e9montrer notre bonne foi. On t\u2019embrasse, on te ch\u00e9rit. On te souhaite la sagesse qui est d\u2019esp\u00e9rer et d\u2019attendre. On te tire les cheveux, tout juste pour que tu sois \u00e9bouriff\u00e9e, et l\u2019on te serre contre soi. Embrasse le Fr\u00e9d\u00e9ric. Il est trop beau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Mme Booth-Prevost, la secr\u00e9taire que lui avaient impos\u00e9 les Allemands et qui le surveillait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Dimanche 23 f\u00e9vrier 1947 Ma ch\u00e9rie, Il m\u2019est joyeux d\u2019\u00e9crire ces deux mots \u00ab\u00a0ma ch\u00e9rie\u00a0\u00bb qui contiennent tout ce que j\u2019y mets et tout ce que tu y apportes. 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