{"id":2305,"date":"2021-04-22T11:01:02","date_gmt":"2021-04-22T09:01:02","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2305"},"modified":"2024-01-21T18:38:09","modified_gmt":"2024-01-21T17:38:09","slug":"jm-a-jr-fresnes-47-03-30","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2305","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 47\/03\/30)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2301\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2309\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Dimanche 30 mars 1947<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai bien peu re\u00e7u de lettres de toi cette semaine. Une seulement\u00a0! Je pense que la Poste doit \u00eatre d\u00e9traqu\u00e9e, ou bien que tu fus si absorb\u00e9e par d\u2019autres travaux que tu n\u2019eus gu\u00e8re le temps de t\u2019\u00e9pancher. Je pense des tas de choses et me rassure avec de forts et puissants arguments. Et ma confiance est inalt\u00e9rable. Je sais que demain\u2026 ou apr\u00e8s demain, j\u2019aurai un flot de tendresse sur ma table. Et puisqu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 parti, je l\u2019appr\u00e9cie d\u00e8s cet instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que te dire que je n\u2019aie d\u00e9j\u00e0 dit\u00a0? Il me semble que je n\u2019ai encore rien dit. Tout est toujours \u00e0 dire ou \u00e0 faire. La vie est ainsi con\u00e7ue qu\u2019il faut renouveler nos actes tous les jours. C\u2019est toujours le m\u00eame amour, la m\u00eame affection, le m\u00eame \u00e9lan, le m\u00eame silence gros de bonheur, la m\u00eame \u00e9treinte qui va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019unit\u00e9, et ce sont d\u2019autres formes et d\u2019autres mots, et un autre soleil. Car la lumi\u00e8re se prom\u00e8ne \u00e0 son gr\u00e9 sur les paysages immuables, sur les c\u0153urs charg\u00e9s de dons. De ma fen\u00eatre je regarde cette plaine de Fresnes qui contient comme tout autre une infinit\u00e9 de plans, d\u2019accidents, de lointains, de d\u00e9tails, de note de couleur. Je l\u2019ai vue neigeuse, envelopp\u00e9e de brouillard, br\u00fbl\u00e9e de soleil, roussie, verdoyante, couverte de nuages lourds ou d\u2019un d\u00f4me d\u2019\u00e9mail bleu tendre, tachet\u00e9e par masses, \u00e9clair\u00e9e \u00e0 contre-jour, endeuill\u00e9e et violette au couchant, sillonn\u00e9e de lueurs bizarres, piqu\u00e9e de points jaunes qui clignotent dans la nuit, lav\u00e9e par la pluie, gel\u00e9e d\u2019un frisson profond. C\u2019est toujours la m\u00eame plaine sur quoi passent les couleurs, les vents, les eaux, les rayons de chaleur, les d\u00e9mons du ciel et de la terre. Ainsi de nos amours. Ils ne changent point, ni \u00e0 l\u2019automne, ni au printemps. Mais nos joues plus rouges, notre \u0153il plus brillant ou notre sourire d\u2019attente les colorent ou les apaisent au point qu\u2019ils semblent de natures oppos\u00e9es, contradictoires, divis\u00e9es entre-elles m\u00eames. Il n\u2019en n\u2019est rien. Nous aurons vu passer sur nous l\u2019orage que d\u00e9j\u00e0 la terre sera lav\u00e9e par un soleil neuf, et nous r\u00eavons au clapotis du ruisseau sous les branches charg\u00e9es d\u2019oiseaux. Et la main dans la main nous comprendrons que nos doigts n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9nou\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin j\u2019\u00e9tais si pr\u00e8s de toi que tu \u00e9tais toute vivante et calme sur mes genoux, toute pr\u00eate \u00e0 entendre l\u2019histoire belle qu\u2019ind\u00e9finiment il faut raconter aux enfants pour qu\u2019ils soient sages et ne d\u00e9rangent pas tout de leurs mains impatientes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je relis ta derni\u00e8re lettre qui date de dimanche dernier et m\u2019est arriv\u00e9e mardi (depuis rien\u00a0!!!). Oui j\u2019ai connu l\u2019histoire Pouzelgues. J\u2019ai m\u00eame entrevu ledit personnage\u00a0: il est sorti le lendemain de mon arriv\u00e9e et m\u2019a offert \u00e0 d\u00eener car je n\u2019avais pas d\u2019argent. Tu vois comme les rencontres sont bizarres. Se faire entretenir par un juif\u00a0! Cela ne m\u2019\u00e9tonne pas du tout que le sieur Pouz. soit d\u00e9plac\u00e9. Ses combines \u00e9taient trop voyantes. De plus, c\u2019est une vieille lutte entre le 4<sup>\u00e8me<\/sup> et le 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9tage de la maison. On se bat entre services car chacun a un drapeau diff\u00e9rent. Les uns sont SFIO, les autres pour Charles ou pour Tartempion. Et puis il y a du noyautage \u00ab\u00a0coco\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne compte plus les mois d\u2019arrestation. Il ne faut jamais compter. Il faut dire\u00a0: c\u2019\u00e9tait hier, ce sera demain et en fait tout s\u2019est pass\u00e9 aujourd\u2019hui. Le temps ne compte absolument pas. Il n\u2019existe pas. C\u2019est nous qui avons la mauvaise habitude de le trouver trop long. Moi, je le trouve tr\u00e8s court. Tu verras comme tout s\u2019oubliera \u00e0 la seconde d\u00e8s la libert\u00e9 retrouv\u00e9e. Pour l\u2019instant, c\u2019est la seule chose \u00e0 affirmer. Elle est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, cette libert\u00e9. Nous ne la voyons pas parce que nous fermons les yeux, que nous regardons autre chose, que nous avons le tort de nous croire prisonniers, s\u00e9par\u00e9s, mais elle existe, elle est la seule r\u00e9alit\u00e9. Nous le prouverons. Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 compris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes les prisons s\u2019ouvrent. Toutes les cha\u00eenes tombent. Toutes les haines meurent. Toutes les tyrannies s\u2019ab\u00eement dans le n\u00e9ant. Jamais depuis que ce monde est monde une clique d\u2019usurpateur n\u2019a pu durer plus de quelques mois sans provoquer contre elle une coalition victorieuse. Aujourd\u2019hui les honn\u00eates gens du monde entier savent reconna\u00eetre o\u00f9 est la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est apr\u00e8s la bataille qu\u2019on distingue les r\u00e9sultats. Nous n\u2019avons rien \u00e0 craindre de l\u2019avenir. Ayons confiance. Ceux qui ont agi avec droiture seront r\u00e9compens\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019ai rien re\u00e7u de Boulogne. Par contre il a \u00e9crit \u00e0 mon autre camarade. Une lettre se serait-elle \u00e9gar\u00e9e\u00a0? Bizarre que ce courrier ne m\u2019arrive pas. Aurais-je une surveillance sp\u00e9ciale\u00a0? Je ne le crois pas car je ne suis ni suspect, ni dangereux, ni not\u00e9 particuli\u00e8rement. Il aura plut\u00f4t oubli\u00e9 de m\u2019\u00e9crire. Donne-moi les tuyaux qu\u2019il t\u2019a donn\u00e9s \u00e0 son retour de Laon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Es-tu pass\u00e9e chez Floriot\u00a0? As-tu pris le dossier\u00a0? As-tu vu la dame de tes amis\u00a0? Que se passe-t-il\u00a0? Quand commencent et finissent les vacances de P\u00e2ques\u00a0? Est-on press\u00e9\u00a0? Attendra-t-on jusqu\u2019au grandes vacances\u00a0? Demery t\u2019a-t-elle donn\u00e9 <em>Les Barreaux d\u2019or<\/em> qui n\u2019\u00e9taient pas dans le dossier Jacquet\u00a0? Que dit-on \u00e0 l\u2019aviation\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019esp\u00e8re toujours que pour la campagne il te faudra tes costumes d\u2019\u00e9t\u00e9, et je vois les vacances vers juillet. Maintenant, si tu pr\u00e9f\u00e8res les sports d\u2019hiver, on attendra. Mais il me parait plus indiqu\u00e9 de profiter du grand soleil. As-tu revu tes amis\u00a0? Que disent-ils\u00a0? Ont-il re\u00e7u les bouquins\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Veux-tu bien dire \u00e0 ma m\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">de me mettre d\u00e9sormais mes slips et mes tricots de corps dans le colis de linge. Il fait chaud et je vais pouvoir quitter d\u00e9j\u00e0 les tricots d\u2019hiver.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">de me mettre un flacon d\u2019eau dentifrice. La derni\u00e8re fois elle m\u2019a envoy\u00e9 du \u00ab Vademecum <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb qui est excellent pour la bouche.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Envoie-moi un savon dentifrice. J\u2019aimerai quelque chose de puissant. Ce qu\u2019on m\u2019envoie habituellement est une p\u00e2te de mauvaise qualit\u00e9. Veux-tu bien me donner quelque chose qui anime et d\u00e9crasse vigoureusement les gencives.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">As-tu re\u00e7u <em>Le Yogi et le commissaire<\/em>\u00a0? N\u2019envoie pas <em>Hors d\u2019atteinte<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em>, d\u00e9j\u00e0 lu.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Travailles-tu sur toutes les r\u00e9fections de <em>Lancelot<\/em>, <em>Hypodamie<\/em>, etc\u2026 Et <em>Le Jour et la nuit<\/em>\u00a0? Rappelle-toi notre derni\u00e8re conversation. Nous n\u2019aurons pas tout fini en un mois. Tant pis, nous prendrons un mois \u00bd.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je crois d\u2019avance que je m\u2019entendrai tr\u00e8s bien avec toi. Tu dois \u00eatre facile \u00e0 vivre. Et patiente. Et tu es travailleuse. Et puis tu as le respect du travail de celui qui \u00e0 certains moments doit s\u2019isoler, \u00e0 d\u2019autres doit se d\u00e9tendre. Et tu t\u2019occupes activement de tout ce qu\u2019il faut. Et puis tu m\u2019aimes. Et puis je\u2026 tu ne le sauras pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui. Absolument oui. C&rsquo;est-\u00e0-dire\u00a0: Oui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ce, je vais au culte protestant. Les condamn\u00e9s \u00e0 mort sont en promenade et bavardent de pr\u00e9au \u00e0 pr\u00e9au. Cousteau <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> lit un bouquin. Algarron <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> tourne \u00e0 petits pas. Ils sont tous jeunes, de bonne humeur, de conscience pure (les truands except\u00e9s, nous savons distinguer ici entre les \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb et ceux qui, sous le couvert de la \u00ab\u00a0Collaboration\u00a0\u00bb, ont commis des actes de banditisme).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On t\u2019embrasse. On te berce de mots tendres. On t\u2019assure que ton c\u0153ur tout gros d\u2019attente sera content \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Lundi<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin, on t\u2019a vue te r\u00e9veiller dans le m\u00e9tro, dans l\u2019autobus, tout le long du trajet, tout le long de tes yeux gris, tout le long de ton p\u00e8lerinage. Et l\u2019on a d\u00e9pouill\u00e9 les petits paquets du colis en sentant, non enfuie, la chaleur de tes doigts et l\u2019on a remarqu\u00e9 toutes les lettres si r\u00e9guli\u00e8res de ton \u00e9criture calme, mais pleine de fougue secr\u00e8te, et l\u2019on a mis tes fleurs dans l\u2019eau. Deux tulipes de la semaine derni\u00e8re tiennent encore avec le mimosa. Mes deux oignons ont fleuri merveilleusement. Ce sont deux grandes tulipes roses, \u00e9lanc\u00e9es, puissantes, toutes vierges, neuves, droites contre le ciel, hautaines, charg\u00e9es de prestance, lumineuses, avides de plaire. Je les ai cach\u00e9es derri\u00e8re un barreau pour qu\u2019elles guettent les nuages au passage, qu\u2019elles tendent un peu le cou pour apercevoir la Tour Eiffel au loin (cette horreur qu\u2019il faut abattre), qu\u2019elles dominent la plaine de leur gr\u00e2ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les an\u00e9mones reprennent force et vigueur (comme on dit dans les tenues ma\u00e7onniques). Ainsi de nous quand nous buvons \u00e0 la source de toute vie. Ce matin, j\u2019ai bu longtemps. Tes yeux \u00e9taient un soleil si tranquille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le colis est plus que parfait, comme toujours. Pour le caf\u00e9, dis \u00e0 ma m\u00e8re de me mettre en suppl\u00e9ment de l\u2019ersatz et du caf\u00e9 moulu, une bo\u00eete de Nescaf\u00e9 qu\u2019elle doit avoir en r\u00e9serve. Je lui rends mon pardessus et la prochaine fois le veston qu\u2019elle m\u2019a envoy\u00e9 aujourd\u2019hui. Inutile. Il fait trop chaud maintenant. Par contre, qu\u2019elle m\u2019envoie le costume brun demand\u00e9. Du reste je le lui dirai. Je ne sais comment vous vous arrangerez pour le parloir de jeudi. Si tu as des nouvelles importantes, prends sa place et viens (c\u2019est du reste ta place, car tu as droit, toi, \u00e0 tous les jeudis, mais patience).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019instant je re\u00e7ois ta lettre de vendredi. Enfin\u00a0! Elle est tr\u00e8s, tr\u00e8s gentille. Naturellement, nous nous entendrons tr\u00e8s bien et nous mettrons non seulement beaucoup de bonne humeur, mais toutes sortes de qualit\u00e9s en commun. C\u2019est un gros capital que l\u2019affection mutuelle. Nous sommes tr\u00e8s riches. Il nous faudra prouver toutes nos bonnes intentions, et nous serons pleins d\u2019\u00e9gards l\u2019un pour l\u2019autre. Tout ira bien. Moi aussi j\u2019ai confiance dans l\u2019avenir, comme dans le pr\u00e9sent. Ce ne sera pas une petite, mais une <u>grande<\/u> existence heureuse. Toutefois, le bonheur exige beaucoup de sacrifices raisonnables. Pour ma part, j\u2019ai suffisamment v\u00e9cu pour conna\u00eetre le prix du d\u00e9sint\u00e9ressement. Quant \u00e0 toi, tu me donnes toujours des le\u00e7ons sur ce point. Je t\u2019embrasse donc une fois de plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, tu ne viens pas jeudi\u00a0? T\u00e2ches. J\u2019ai beaucoup de plaisir \u00e0 voir ma m\u00e8re, mais ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. J\u2019aurais bien voulu avoir des tuyaux sur l\u2019aviation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu ne m\u2019as pas dit exactement ce que tu as trouv\u00e9 dans le dossier de Floriot. Il y a quatre dossiers corrig\u00e9s. Est-ce cela ? Plus un original d\u2019<em>Hyppo<\/em> (exactement un original <em>Hyppo<\/em>, un corrig\u00e9 <em>Hyppo<\/em>, un corrig\u00e9 <em>Lancelot<\/em>, un corrig\u00e9 <em>B.d\u2019or<\/em>, un original <em>Empyr\u00e9e<\/em>). R\u00e9ponds-moi si tu as tout trouv\u00e9. Je crois que le dossier sera complet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment vont tes affaires\u00a0? As-tu assez d\u2019argent\u00a0? Avec ton nouveau patron\u00a0? Mon camarade t\u2019a-t-il donn\u00e9 du travail\u00a0? Je t\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tant la secr\u00e9taire chef d\u2019un grand avocat pouvant se charger de <u>faire taper par une de ses subordonn\u00e9es<\/u> des manuscrits \u00e0 moindre prix que sur la place. Voix si tu peux (et si tu veux) faire ce travail, qu\u2019il faut traiter comme une affaire ordinaire (c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9aliser que tu dois prendre \u00e0 peu pr\u00e8s les \u00be du prix de Copy-Bourse puisque tu n\u2019as pas de frais g\u00e9n\u00e9raux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je regarde vingt-cinq fois par jour les photos de Fr\u00e9d\u00e9ric qui datent de pr\u00e8s d\u2019un an. Il doit avoir pouss\u00e9 comme mes tulipes. Sait-il \u00e9crire, lire, va-t-il au jardin d\u2019enfants\u00a0? En combien de temps fait-il son cent m\u00e8tres\u00a0? Ses impressions sur le chameau du Jardin des Plantes\u00a0? Et \u00e0 Guignol\u00a0? Je suis tr\u00e8s impatient de tout savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tes cactus de l\u2019an dernier durent silencieusement, bien qu\u2019on ne leur donne gu\u00e8re \u00e0 boire. C\u2019est qu\u2019ils ont de la ressource. Ainsi de nous. Il ne nous faut qu\u2019un souffle de souvenirs, qu\u2019un app\u00e9tit du lendemain, que la pr\u00e9sence du jour. Nous sommes si patients que la terre s\u2019\u00e9croulera \u00e0 nos pieds sous le poids de ses d\u00e9combres, et que nous aurons la primeur des premi\u00e8res roses qui poussent sur toutes les ruines, nos illusions d\u2019hier \u00e9croul\u00e9es. Combien de fois faut-il t\u2019embrasser pour que tu saches tout\u00a0? Une fois\u00a0? Une immense fois\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Vademecum : marque de dentifrice lanc\u00e9 en 1892 toujours existante aujourd\u2019hui (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Hors d\u2019atteinte<\/em>, ouvrage d\u2019Alfred Fabre-Luce (\u00e9dit\u00e9 par l\u2019auteur en 1946). (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Pierre-Antoine Cousteau,\u00a0 fr\u00e8re a\u00een\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre commandant Jacques-Yves Cousteau). D&rsquo;abord homme \u00ab \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame gauche de l&rsquo;extr\u00eame gauche \u00bb, il \u00e9voluera peu \u00e0 peu vers le fascisme puis collabore ensuite au journal <em>Je suis partout<\/em> en compagnie de Rebatet et de Robert Brasillach, puis dirige le journal. Condamn\u00e9 \u00e0 mort, puis graci\u00e9 par Vincent Auriol, il sera lib\u00e9r\u00e9 en 1954. (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Andr\u00e9 Algarron, journaliste et collaborateur, membre du PPF, r\u00e9dacteur en chef adjoint du <em>Petit Parisien<\/em>, un journal ouvertement favorable au gouvernement de Vichy et aux nazis. Il s&rsquo;enfuit en 1944 et se r\u00e9fugie en Allemagne. Arr\u00eat\u00e9 en mai 1945 apr\u00e8s la capitulation allemande, il est emprisonn\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 mort le 27 novembre 1946 par la Cour de justice de la Seine. En 1947, il est graci\u00e9 par Vincent Auriol le gracie et sa peine est commu\u00e9e en prison \u00e0 vie. (note de FGR)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Dimanche 30 mars 1947 Ma ch\u00e9rie, J\u2019ai bien peu re\u00e7u de lettres de toi cette semaine. Une seulement\u00a0! Je pense que la Poste doit \u00eatre d\u00e9traqu\u00e9e, ou bien que tu fus si absorb\u00e9e par d\u2019autres travaux que tu n\u2019eus &hellip; <a href=\"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2305\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":11,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"folder":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2305"}],"collection":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2305"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2305\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3242,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2305\/revisions\/3242"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2305"}],"wp:term":[{"taxonomy":"folder","embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ffolder&post=2305"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}