{"id":2335,"date":"2021-04-23T17:55:20","date_gmt":"2021-04-23T15:55:20","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2335"},"modified":"2024-01-22T10:18:46","modified_gmt":"2024-01-22T09:18:46","slug":"jm-a-jr-fresnes-47-05-11","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2335","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 47\/05\/11)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2325\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2339\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Dimanche 11 mai 1947<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai bien re\u00e7u ton pneu hier et suis s\u00fbr que tu dois te d\u00e9mener l\u00e0 o\u00f9 il faut pour que tout se passe le mieux du monde. Nous avons d\u00e9j\u00e0 fait tant de pas sur le bon chemin qu\u2019on arrivera bien au bout du sentier. Il faut avoir une confiance et une \u00e9nergie absolue. Il n\u2019y a rien qui doive nous \u00e9mouvoir. La crainte est un tr\u00e8s mauvais r\u00e9flexe. Nous n\u2019en n\u2019avons point du tout, car nous sommes sur un terrain absolument solide. Ce sont des adversaires qui marchent dans du mou. Donc quelles que soient les apparences, ne t\u2019en fais pas. Faisons tout pour le mieux, et pour le reste, que Dieu s\u2019en occupe. Il sait fort bien ce qu\u2019il fait. Il a d\u00e9j\u00e0 tout calcul\u00e9, mis en place, d\u00e9cid\u00e9. Nous n\u2019avons pas \u00e0 avoir peur pour nous. Il ne nous veut pas de mal. Et les hommes doivent suivre, car il n\u2019y a qu\u2019une loi, qu\u2019un seul principe qui gouverne tout. Sache-le. Et r\u00e9jouis t\u2019en. Dors tranquille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je te verrai sans doute mercredi, donc avant que cette lettre te parvienne. D\u2019ici l\u00e0 tu m\u2019auras dit tout ce que tu as fait, qui est sans doute tr\u00e8s bien. Et puis, nous attendrons tranquillement. Nous sommes s\u00fbrs de nous, pas vrai. Alors\u00a0? Il n\u2019y a pas \u00e0 se tourmenter pour des b\u00eatises. Je travaille donc ici en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. \u00c7a marche tr\u00e8s bien. Mes po\u00e8mes sont maintenant au point. Je te pr\u00e9pare encore une liste de rectifications. <em>Gabriella<\/em> est quasiment finie, et j\u2019en suis \u00e0 la moiti\u00e9 d\u2019un bouquin sur certains h\u00e9r\u00e9tiques ou mauvais plaisants religieux, une sorte de suite d\u2019essais et portraits, termin\u00e9e par un aper\u00e7u tout nouveau sur l\u2019homme possible (en fait le r\u00e9el, mais qui le saurait ?) <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et je persiste \u00e0 maintenir ma promesse pour No\u00ebl. Nous avons les meilleures chances de r\u00e9ussir l\u00e0-dessus. Tous les pronostics co\u00efncident. Encore un peu de patience. Tout arrive \u00e0 point pour qui sait ne jamais d\u00e9sesp\u00e9rer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai beaucoup pens\u00e9 \u00e0 nous deux depuis que je t\u2019ai vue, si gentille, comme toujours, si fris\u00e9e, si simple et patiente au parloir. Pens\u00e9 au mieux, avec beaucoup d\u2019assurance et de pr\u00e9cision. Je t\u2019ai vue si heureuse et tranquille, d\u00e9livr\u00e9e de tous tes soucis pr\u00e9sents, si s\u00fbre de la vie, si confiante et travailleuse dans le meilleur sens, \u00e9lev\u00e9e au point supr\u00eame, non point id\u00e9alis\u00e9e mais r\u00e9alis\u00e9e, ce qui est tout diff\u00e9rent. Il faut t\u2019appuyer sans r\u00e9serve sur la vie, savoir que nous ne sommes jamais abandonn\u00e9s ni mal dirig\u00e9s, et que si tu as \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e vers moi, et r\u00e9ciproquement, c\u2019est pour que nous apprenions tous les deux quelque chose. Il n\u2019y a pas de hasard. Tout est bien d\u00e9termin\u00e9 par notre progr\u00e8s si nous savons profiter des le\u00e7ons qu\u2019on nous donne, et cette \u00e9preuve sera pour toi comme pour moi l\u2019occasion de progresser. Il a fallu d\u00e9j\u00e0 l\u2019histoire de la Lib\u00e9ration pour mettre au jour notre situation. Tu verras comme tout se d\u00e9roulera normalement pour que tout ce qui nous s\u00e9pare de ce que nous devons accomplir ensemble tombe et disparaisse. On ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 cette loi qui veut qu\u2019on se manifeste avec pl\u00e9nitude, au plus haut de nous-m\u00eames. Tu es ma femme et tu seras tout ce que tu dois \u00eatre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019expression la plus absolue, la plus ultime de ta destin\u00e9e. Nous avons encore un grand chemin \u00e0 faire ensemble. Je t\u2019embrasse. Mieux, je t\u2019estime. Je t\u2019aime, non seulement avec mon c\u0153ur, mais avec esprit, avec souffle.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>18 heures<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voici rentr\u00e9s de promenade, et gav\u00e9s (si l\u2019on peut dire) de pommes de terre et de pur\u00e9e de pois. J\u2019ai pass\u00e9 une heure de pr\u00e9au avec Cousteau, Rebatet et les ministres. On bavarde. On esp\u00e8re. On se r\u00e9conforte. On se souvient. On commente. C\u2019est un dr\u00f4le de radeau de la M\u00e9duse quelquefois que ces prisons o\u00f9 les uns mangent les autres. Ici, c\u2019est le contraire. On passe volontiers le cordial de l\u2019optimiste au voisin. Et l\u2019on sait encore rire, l\u00e0 o\u00f9 il faudrait quelquefois rester plus s\u00e9rieux. Nos camarades condamn\u00e9s \u00e0 mort sont encore l\u00e0. Apr\u00e8s tant de mois. Est-ce un signe d\u2019espoir\u00a0? La s\u00e9rie rouge est-elle termin\u00e9e\u00a0? Il faudrait bien que cela s\u2019arr\u00eat\u00e2t un jour, sinon la vie terrestre ne serait plus viable. \u00c9videmment si les communistes prenaient le pouvoir, cela deviendrait proc\u00e9d\u00e9 quotidien d\u2019\u00e9puration l\u00e9gale. Nous avons failli y passer, mais nous n\u2019en sommes pas encore l\u00e0. Cet apr\u00e8s-midi en voyant le colonel Hardy <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> dans le pr\u00e9au, je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de trouver la vie \u00e0 la fois tragique et imb\u00e9cile. Cet homme, qui \u00e9tait un de nos plus farouches adversaires, contre qui j\u2019aurais pu me rencontrer moi-m\u00eame (et le hasard avait fait que nous \u00e9tions destin\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0travailler\u00a0\u00bb ensemble vers la fin de l\u2019Occupation et que nous nous sommes retrouv\u00e9s ici. Nous aurions pu nous tirer dessus), partage maintenant le m\u00eame sort que les \u00ab\u00a0collabos\u00a0\u00bb, lui de la \u00ab\u00a0R\u00e9sistance\u00a0\u00bb, moi de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, tous les deux dans la m\u00eame prison\u00a0! Qui l\u2019aurait cru\u00a0? Qui aurait dit que De Gaulle serait un jour trait\u00e9 de fasciste et bafou\u00e9 publiquement par les hommes du m\u00eame Thorez qu\u2019il a remis au pouvoir\u00a0? Qui aurait dit qu\u2019apr\u00e8s deux ans de Lib\u00e9ration, la France manquerait de pain et le d\u00e9sordre serait tel dans le monde qu\u2019on n\u2019envisage plus qu\u2019une nouvelle guerre\u00a0? Qui aurait dit que l\u2019Allemagne serait courtis\u00e9e par ses adversaires d\u2019hier au point de se faire renflouer au plus vite par le plus press\u00e9\u00a0? Et bien, nous l\u2019avons dit. Nous seuls avons os\u00e9 le dire. C\u2019est pourquoi on nous a soigneusement boucl\u00e9s. La v\u00e9rit\u00e9 est un explosif trop puissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre vie jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent aura \u00e9t\u00e9 un effort d\u2019une ampleur d\u00e9mesur\u00e9e. Il nous faut lutter contre tout \u00e0 la fois et la pire des forces qui semble nous accabler est l\u2019incompr\u00e9hension du public, ou son indiff\u00e9rence. Pourtant il souffre, mais on lui a tant promis. Il a \u00e9cout\u00e9 tant de voix qu\u2019il ne sait plus discerner la bonne. Qui saura le conduire vers la libert\u00e9 et l\u2019abondance\u00a0? J\u2019ai fini <em>Tristan et Yseult<\/em>. C\u2019est \u00e0 la fois tr\u00e8s bien et pas du tout ce que je cherche. Un amour personnel, une langueur pr\u00e9romantique, toute sensuelle et si d\u00e9pass\u00e9e aujourd\u2019hui qu\u2019on ne peut gu\u00e8re en tirer un sujet. Nous avons autre chose \u00e0 faire qu\u2019\u00e0 magnifier de si pi\u00e8tres \u00e9bats. Sauf que le cadre est joli, les circonstances pittoresques, mais tout cela sonne le faux. Combien plus int\u00e9ressante la mythologie, la guerre de Troie ou les h\u00e9ros antiques. Source beaucoup plus humaine, profonde, o\u00f9 l\u2019amour ne joue gu\u00e8re qu\u2019un r\u00f4le secondaire, mais o\u00f9 le tragique est toujours li\u00e9 \u00e0 la fortune des princes et des \u00e9tats. C\u2019est le sort de l\u2019homme qui se joue en face du destin, des dieux, des enfers (donc de son mal ou de son plus haut bien imaginaire), par ses rois, par les cris des peuples. Si Antigone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 si rebattu, j\u2019aurais pris ce th\u00e8me, mais il y en a d\u2019autres infiniment curieux qui peuvent \u00eatre transpos\u00e9s et que j\u2019ai not\u00e9s. C\u2019est tout ce que je peux faire ici. Il ne faut pas trop abattre \u00e0 la fois. Et j\u2019ai assez de travail \u00e0 parfaire ce qui est esquiss\u00e9. Mais je me suis pr\u00e9par\u00e9 du travail pour au moins vingt ans, sans compter celui qui se pr\u00e9sentera d\u00e8s dehors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9cid\u00e9ment tu ne veux pas lire aujourd\u2019hui le livre que je te conseille. Tu sais que quand tu vivras avec moi je te le ferai apprendre par c\u0153ur et que Fr\u00e9d\u00e9ric et tous les autres vivront de sa substance. Un gros effort ma ch\u00e9rie. N\u2019aurais-tu pas confiance en mon choix\u00a0? Crois-tu que je me perds dans des nu\u00e9es. Je ne suis pas si fou que les psychiatres le disent. Il se peut m\u00eame que ce soient eux les fous, et moi, l\u2019homme sage. Qui peut savoir qui est dans la vraie voie\u00a0? \u00d4 fillette que j\u2019aime et pour qui je veux tout le bien, laissez-vous aimer plus qu\u2019avec des mots et souffrez qu\u2019on vous indique un sentier de bonheur. Ouvre ton jeune esprit \u00e0 des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles, secr\u00e8tes, \u00e9blouissantes. Tu comprendras mieux les autres et toi-m\u00eame. Et ne voudrais-tu point, ne fut-ce que par curiosit\u00e9, savoir ce qui est le plus grand motif de ma vie. Partager son pain avec quelqu\u2019un, c\u2019est partager sa pens\u00e9e. Cette fois-ci nous n\u2019errons plus sur des marais politiques, nous sommes sur un terrain r\u00e9el. Il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence. Laisse-moi t\u2019enseigner ce qu\u2019on m\u2019apprit de meilleur. Il me fait du bien de te donner cela comme un bijou du plus haut prix. Crois bien que je t\u2019aime trop pour ne pas vouloir ton bien le plus pur. Et pour ce soir, avant de nous endormir tous deux, nous sentirons passer le m\u00eame \u00e9cho de tendresse et de paix qui calme toutes les angoisses et r\u00e9jouit jusqu\u2019au fond de l\u2019\u00e2me, car tout tressaille quand on arrive \u00e0 percevoir la voix la plus haute. Je t\u2019embrasse avec tant d\u2019affection que tu es plus qu\u2019heureuse, transform\u00e9e, sereine. Donne-moi ta main et souris. Je te ch\u00e9ris \u00e0 flot de baisers secrets, de silence heureux, de toute bont\u00e9, de pure d\u00e9votion. Dieu t\u2019aime et je t\u00e2che de t\u2019aimer autant que lui.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Lundi, 14 heures. <\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens de recevoir ta lettre de samedi soir et suis bougrement content, et te f\u00e9licite, et t\u2019embrasse. Ce n\u2019est pas le destin aveugle, imb\u00e9cile, p\u00e8re du Chaos et de la Nuit qui t\u2019a mis sur ma route, fillette aux yeux vifs, mais un Amour immense, intelligent, bienfaisant, g\u00e9n\u00e9reux, qui sait choisir ses dons, distinguer ses enfants et les r\u00e9unir en r\u00e9compense quand il les juge dignes de s\u2019associer. Cette fortune l\u00e0 n\u2019a pas de bandeau sur les yeux. Elle a vu un pauvre gars, po\u00e8te, but\u00e9 contre le monde, cherchant avec des longues-vues et des lampes quelqu\u2019un sur qui d\u00e9verser le flot d\u2019une tendresse incomprise et elle est all\u00e9e sonner \u00e0 la porte d\u2019une petite fille timide et raisonnable, et r\u00e9serv\u00e9e, et toute menue, et loyale, et elle le lui a donn\u00e9e pour qu\u2019il en fasse la m\u00e8re de tous ses enfants. Mais elle lui a dit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>D\u00e8s ce jour tu cesseras, gros gar\u00e7on, de batailler trop dur contre un monde m\u00e9chant et de perdre ton temps \u00e0 des col\u00e8res d\u2019ermite. Tu as le droit et le devoir de laisser quelque fois ton amie te bercer ta t\u00eate trop chaude sur des genoux consentants. Il faut, certain jour, rentrer de la guerre et construire la paix avec elle\u00a0<\/em>\u00bb. C\u2019est ainsi que les armes tombent des mains des furieux. C\u2019est ainsi que nous autres, brutes, nous devenons des moutons, des agneaux de tendresse lucide, des anges aux robes vives qui savons envelopper de toutes les nuances de nos talents celle qui est la petite reine de notre vie patiente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin j\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9 depuis 6 heures. Probablement parce que je te sentais en route sur Fresnes. Tu vois comme nous sommes sensibles aux moindres choses qui\u00a0 nous touchent. Ta visite chez les \u00e9crivains Combattants est amusante, mais ces messieurs ont-ils tant besoin de publicit\u00e9 pour leurs talents qu\u2019il faille accoler une \u00e9tiquette militaire. Je croyais que la seule vertu d\u2019\u00e9crire \u00e9tait suffisante pour assurer \u00e0 son auteur sa notori\u00e9t\u00e9. Le cher Deb\u00fb-Bridel <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> qui t\u2019invita est un curieux personnage qu\u2019on appelait \u00ab la tricoteuse \u00bb parce qu\u2019on le trouvait r\u00e9guli\u00e8rement en train de fabriquer des chaussettes dans le m\u00e9tro quand il allait \u00e0 son bureau. Il est devenu depuis un \u00e9crivain rent\u00e9 parce qu\u2019il a figur\u00e9 sur le char des vainqueurs. Tous ces r\u00e9sidus de mi-car\u00eame n\u2019ont m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 foutus de faire trois mois de prison, m\u00eame le sieur Aragon qui, pour un communiste bravache, n\u2019a jamais pay\u00e9 de sa personne. Quant \u00e0 ton farouche r\u00e9sistant antima\u00e7on, on peut lui demander de qui il se f\u2026t. C\u2019est tr\u00e8s joli d\u2019\u00eatre antid\u00e9mocrate quand il n\u2019y a plus de risques. Aujourd\u2019hui que les gangs rouges sont au pouvoir, on peut se permettre d\u2019\u00eatre dans l\u2019opposition. Il n\u2019y aura plus d\u2019\u00e9puration. Mais hier nous recevions des paquets de menaces de mort, et des petits cercueils qui se sont traduits par des p\u00e9nalit\u00e9s diverses. Tous ces gens qui nous diront \u00e0 la sortie : \u00ab Nous avons bien pens\u00e9 \u00e0 vous ! Comme nous vous avons soutenus ! \u00bb me font un peu sourire. Les prisons de la IV<sup>\u00e8me<\/sup> auront eu un sens infiniment plus r\u00e9voltant que les camps de concentration allemands.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les colis\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">N\u2019oublie pas le m\u00e9ta d\u00e9sormais. Devient tr\u00e8s utile et pr\u00e9cieux.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Tache de trouver une bo\u00eete de Vaniline contenant 50 pilules comme la derni\u00e8re fois, ou tout autre parfum pour mon flocon d\u2019avoine.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Si tu peux trouver chez Fayard ou ailleurs le n\u00b049, <em>L\u2019Orestie <\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, <em>Les Cho\u00e9phores<\/em> et <em>Les Eum\u00e9nides<\/em> (dans les petites brochures).<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le <em>\u00ab\u00a0<\/em>Chantepie <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[5]<\/a><em>\u00a0\u00bb<\/em>, vois chez [<em>illisible<\/em>]. Ils sont si filous\u00a0! Il vaut 1.200 \u00e0 la vente (je l\u2019ai pay\u00e9 250). Fais ce que tu veux.<\/p>\n<h1><u>17 heures<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pivoines sont superbes. Le colis parfait. Tu ne veux pas de compliments mais des v\u00e9rit\u00e9s tendres. Chaque n\u0153ud de ficelle est un geste appr\u00e9ci\u00e9 et je sais que tu m\u2019envoies chaque fois plus que toi-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisque je t\u2019aurais vue la veille de ce jeudi o\u00f9 tu vas me lire, je veux te redire ici tout ce que je n\u2019ai pu te crier, ni te murmurer \u00e0 voix basse, tout ce que nos yeux n\u2019ont pu se donner tant les instants \u00e9taient compt\u00e9s, tout ce qu\u2019il faut pour compl\u00e9ter la br\u00e8ve minute o\u00f9 je t\u2019aurais pos\u00e9 une question et o\u00f9 tu m\u2019auras r\u00e9pondu \u00ab\u00a0Oui\u00a0!\u00a0\u00bb, ou bien\u00a0\u00ab\u00a0Mais je ne sais pas, j\u2019ai peur, moi\u00a0!\u00a0\u00bb. Embrasse le Fr\u00e9d\u00e9ric et dis-lui que son p\u00e8re compte sur lui pour te faire prendre patience. \u00catre bien sage pour un enfant c\u2019est toujours jeter les bras autour du cou de sa maman. On n\u2019a pas fini de t\u2019embrasser qu\u2019on recommence.<\/p>\n<p>J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">1]<\/a> Ce qui devrait probablement finir sous le titre de <em>La Cuve \u00e0 serpents<\/em>.(note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Ren\u00e9 Hardy (proc\u00e8s le 20 janvier 1947 et acquitt\u00e9 le 24 janvier suite \u00e0 l\u2019affaire de Caluire et de Jean Moulin). Suite \u00e0 un nouveau t\u00e9moignage il sera \u00e0 nouveau arr\u00eat\u00e9 le 23 mars 1947, il avouera avoir menti, avoir bien \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s son arrestation, par Barbie \u00e0 Lyon et rel\u00e2ch\u00e9 le 10 juin 1943. Son nouveau proc\u00e8s s\u2019ouvrira en avril 1950.(note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Jacques Deb\u00fb-Bridel, homme politique fran\u00e7ais, membre du Conseil national de la R\u00e9sistance), d\u00e9put\u00e9 (1944-1945), s\u00e9nateur gaulliste (RPF) (1948-1958), fut un des leaders du gaullisme de gauche (Union d\u00e9mocratique du travail). D&rsquo;abord proche de Charles Maurras et de l&rsquo;Action fran\u00e7aise, il devient membre du mouvement Le Faisceau et se joindra ensuite \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration r\u00e9publicaine de Louis Marin. Militant anti-nazi d\u00e8s 1935, il entre en r\u00e9sistance d\u00e8s octobre 1940. En 1947, il rejoint le Rassemblement du peuple fran\u00e7ais (RPF) fond\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>L\u2019Orestie<\/em> est une trilogie dramatique d&rsquo;Eschyle. Elle est compos\u00e9e de trois trag\u00e9dies centr\u00e9es sur la geste des Atrides : <em>Agamemnon<\/em>, <em>Les Cho\u00e9phores<\/em> et <em>Les Eum\u00e9nides<\/em>. (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[5]<\/a> Peut-\u00eatre \u00ab\u00a0<em>Ang\u00e8le ou le d\u00e9vouement filial\u00a0<\/em>\u00bb de Marie Leroyer de Chantepie (note de FGR)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Dimanche 11 mai 1947 Ma ch\u00e9rie, J\u2019ai bien re\u00e7u ton pneu hier et suis s\u00fbr que tu dois te d\u00e9mener l\u00e0 o\u00f9 il faut pour que tout se passe le mieux du monde. Nous avons d\u00e9j\u00e0 fait tant de &hellip; <a href=\"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2335\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":11,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"folder":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2335"}],"collection":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2335"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2335\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3245,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2335\/revisions\/3245"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2335"}],"wp:term":[{"taxonomy":"folder","embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ffolder&post=2335"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}