{"id":2344,"date":"2021-04-24T13:48:34","date_gmt":"2021-04-24T11:48:34","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2344"},"modified":"2024-01-22T10:27:13","modified_gmt":"2024-01-22T09:27:13","slug":"jm-a-jr-fresnes-47-05-24","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2344","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 47\/05\/24)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2339\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2348\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Samedi 24 mai 1947<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma petite fille ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai re\u00e7u (enfin\u00a0!) ce soir ta lettre de jeudi. Paresseuse, hein\u00a0? Jeannette\u00a0? Alors, tu t\u2019ennuies\u00a0? Mais c\u2019est tr\u00e8s mal. Il n\u2019y a aucune raison de s\u2019ennuyer, de se tourmenter, d\u2019\u00eatre impatiente, de penser \u00e0 des choses tristes, de croire qu\u2019on a encore tr\u00e8s longtemps \u00e0 attendre, de croire qu\u2019on a encore beaucoup de temps pour tout le travail qui reste \u00e0 faire, de croire qu\u2019il ne faut pas se d\u00e9p\u00eacher, de croire que Catherine est tr\u00e8s impatiente aussi (elle est beaucoup plus sage que vous, Mamzelle, elle m\u00fbrit \u00e0 sa place, elle sait qu\u2019elle ne peut arriver que dans un monde en paix, pas bouscul\u00e9 du tout, et guid\u00e9e par une maman qui, depuis longtemps, doit se pr\u00e9parer \u00e0 \u00eatre la plus calme, la plus confiante, la plus tranquille de toutes les cr\u00e9atures du Bon Dieu). Catherine, elle, ne d\u00e9sire en rien brusquer son apparition ici. Elle a beaucoup mieux \u00e0 faire qu\u2019\u00e0 solliciter imp\u00e9rieusement de ses parents une entr\u00e9e orageuse dans un univers d\u00e9chir\u00e9. Au contraire, elle a d\u00e9cid\u00e9, et on a d\u00e9cid\u00e9 pour elle. Et c\u2019est tr\u00e8s bien ainsi qu\u2019elle soit d\u00e9j\u00e0 ob\u00e9issante, qu\u2019on devrait longtemps se pr\u00e9parer pour qu\u2019elle soit la plus pure de toutes les filles qui ont ici \u00e0 donner au monde sa valeur capitale, son \u00e9lan inspir\u00e9 et pour ce, Jeannette n\u2019est peut-\u00eatre pas encore pr\u00eate. Il lui faut apprendre \u00e0 n\u2019avoir plus d\u2019ennui, et \u00e0 concevoir la vie lente, sage et douce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On t\u2019embrasse tant, petite fille, que tu ne t\u2019ennuies plus. Bien plus, on sait d\u00e9j\u00e0 que tout est tr\u00e8s bien, que tu as tout compris et que tu \u00e9coutes les messages qu\u2019on t\u2019envoie. Nous n\u2019avons pas besoin d\u2019appareil radio nous autres pour savoir que tout va si bien, que la vie en est toute miracul\u00e9e. Et je regarde d\u2019ici tes yeux tout mouill\u00e9s de bonheur et tout pleins de leur absolue confiance. Voil\u00e0 qu\u2019ils rient. La soir\u00e9e est si douce. Tout \u00e0 l\u2019heure un long rayon de soleil a illumin\u00e9 mes \u0153illets d\u2019Inde qui repoussent. Ce sont les graines de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re que j\u2019ai conserv\u00e9es et plant\u00e9es. Et j\u2019ai repiqu\u00e9 avec elles toute ma tendresse. Elle fleurira. Elle pousse d\u00e9j\u00e0 beaucoup plus fort que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et nous avons le temps de penser \u00e0 elle avec tout le soin appropri\u00e9. Vous autres, perdus dans les m\u00e9andres des soucis quotidiens, emprisonn\u00e9s dans vos luttes vous ne connaissez pas la libert\u00e9 qu\u2019on a ici, qui nous permet de surveiller le d\u00e9veloppement des fleurs les plus belles, des pens\u00e9es les plus hautes et les plus simples, du c\u0153ur le mieux gu\u00e9ri, plein d\u2019un sang vif et gros de dons constants. Et si tu avais le temps de sentir en toi combien la source est gonfl\u00e9e comme un fleuve puissant qui cherche sa voie, tu comprendrais que la vie commence, que tu n\u2019en n\u2019a per\u00e7u que la plus infime partie et qu\u2019il va te falloir apprendre combien tu es neuve, et f\u00e9conde, et digne de toutes les promesses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce soir samedi, je ne t\u2019en dirais pas plus, car le papier manquerait. Merci \u00e0 la rue Amp\u00e8re pour sa tr\u00e8s d\u00e9licate attention. Dis-lui que je suis sensible \u00e0 ses tr\u00e8s bonnes amiti\u00e9s, que je lui adresse les miennes avec effusion et que je lui souhaite, ainsi qu\u2019\u00e0 tous, tout le bien possible. Nous redonnerons un jour \u00e0 la France son vrai visage d\u2019affection, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et d\u2019art. Et c\u2019est nous qui effacerons les taches des autres. Nous serons fiers de panser des blessures que nous n\u2019aurons pas faites. Les honn\u00eates gens peuvent savoir ce qu\u2019est une r\u00e9volte contre l\u2019anarchie. Ils ne connaissent pas la haine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Remercie aussi mon camarade quand il t\u2019apportera les bouquins. Dis-lui qu\u2019il a bien eu tort de nous quitter. Ici nous lui remontrions le moral, et il verrait beaucoup plus justement que dehors l\u2019\u00e9volution des choses. Car nous ne sommes ni impatients, ni fous, mais notre attention s\u2019accroche \u00e0 des d\u00e9tails, \u00e0 des preuves qui prouvent beaucoup. Et nous savons fort bien comment le monde tourne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bonsoir mon moineau. Tu as beaucoup vol\u00e9 dans ton ciel aujourd\u2019hui. Viens nicher contre mon \u00e9paule. Elle est si pleine de secrets qu\u2019il faudra picorer toute la nuit. J\u2019ai des histoires extraordinaires \u00e0 te raconter sans rel\u00e2che, o\u00f9 tout est si beau, que le c\u0153ur s\u2019arr\u00eate de battre. Il faut savoir \u00eatre si gentil que les oiseaux viennent dans votre main, et que les anges ne s\u2019envolent pas. Et si tus es tr\u00e8s mignonne, comme tu sais l\u2019\u00eatre quand tu r\u00e9ponds \u00ab\u00a0oui sans condition\u00a0\u00bb, on te regardera dormir, au matin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez Fayard ce n\u2019est pas le n\u00b049 mais 219 qui correspond au th\u00e9\u00e2tre d\u2019Eschyle demand\u00e9. Si tu ne le trouves pas \u00e0 la maison m\u00e8re, tu dois l\u2019avoir sous les arcades de l\u2019Od\u00e9on, ou chez un libraire bien assorti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu viens me voir jeudi 5 mai <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, sans compter tous les soirs bien entendu. Bonsoir. Je sais que tu es plus gentille et plus sage que tout. Et je t\u2019embrasse d\u2019autant plus que tu ne t\u2019es jamais ennuy\u00e9e, que tu ne t\u2019ennuies jamais\u00a0; et que tu travailles \u00e0 \u00eatre bonne un printemps tout entier.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Dimanche de Pentec\u00f4te<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">As-tu \u00e9t\u00e9 \u00e0 la campagne ? Moi, oui. Je me suis balad\u00e9 dans un immense paysage toute la journ\u00e9e. D\u00e8s le matin la lumi\u00e8re \u00e9tait si pr\u00e9cise qu\u2019elle accusait tous les d\u00e9tails jusqu\u2019au fond de la plaine. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner sous le soleil br\u00fblant nous p\u00fbmes nous promener en libert\u00e9 entre quatre murs qui n\u2019existaient que dans mon imagination, avec de d\u00e9licieux camarades qui s\u2019appellent Cousteau, Rebatet, tous les ministres et autres journalistes plus ou moins condamn\u00e9s \u00e0 mort d\u2019hier ou de demain. \u00c0 propos, un brave policier Moershell dont le dossier \u00e9tait beaucoup plus charg\u00e9 que le mien et qui s\u2019attendait aux \u00ab cha\u00eenes \u00bb vient d\u2019\u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e8te seulement. Il y a peut-\u00eatre d\u00e9tente. On en voit un autre signe dans le fait que malgr\u00e9 les d\u00e9mentis, le mar\u00e9chal regagne sa maison de campagne de Villeneuve-Loubet <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Et puis nos camarades encha\u00een\u00e9s sont toujours l\u00e0. C\u2019est aussi un signe car, si parmi eux il y a de noires fripouilles, il y a aussi d\u2019honn\u00eates gens. Il y en a un qui est condamn\u00e9 depuis plus d\u2019un an\u00a0!!! Je crois qu\u2019il aura subi un certain calvaire. Un an \u00e0 se pr\u00e9parer tous les matins, \u00e0 ne plus savoir s\u2019il doit esp\u00e9rer ou se r\u00e9signer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, tu ne viendras que mardi. Je ne sentirai point demain matin tes baisers sur mes barreaux, et je ne regarderai pas par ma fen\u00eatre pour voir au loin une silhouette ne sachant si c\u2019est toi ou un ouvrier pl\u00e2trier, ou un sergent de ville. Quelque chose bouge sur la route qui pourrait \u00eatre tout le meilleur de ce que j\u2019aime. Car tu es le meilleur de ce que j\u2019aime puisque j\u2019ai construit sur toi ma part humaine de grand bonheur. Je m\u2019appuie sur ton c\u0153ur comme une source vivante parce qu\u2019il me fut indiqu\u00e9 que je pouvais et qu\u2019il fallait t\u2019aimer comme tu \u00e9tais avec tous les infinis que cela suppose. Ce que j\u2019ai vu en toi me r\u00e9compense de toutes mes recherches. Tu es la femme qu\u2019on estime comme \u00e9tant la plus ch\u00e8re \u00e0 garder mon amour intact \u00e0 l\u2019abri de toutes les \u00e9preuves. Tu ne dis rien, petite sauvage, mais tes yeux parlent trop. Et puis je te sens, je t\u2019\u00e9coute penser. Et tes \u0153illets, tes pivoines, tes tulipes m\u2019ont avou\u00e9 des choses extraordinaires. Et je te permets de m\u2019aimer comme je suis, avec la joie que cela te donne, et que tu me donnes. Ce sont des choses que je n\u2019ai jamais permises \u00e0 personne. Je crois bien que c\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019ai cass\u00e9 ma m\u00e9fiance contre une partie de la route. Tes p\u00e2querettes durent encore. Ce que c\u2019est que mettre toutes ses tendresses dans l\u2019eau fra\u00eeche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bonsoir pour ce dimanche. Demain aura tout le bas de cette page, pour te dire ce que je pense lundi. Je sais d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019il aura v\u00e9cu de bonheur \u00e0 te sentir vivre. Le Fr\u00e9d\u00e9ric aura du te combler avec sa vie triomphante. Notre Fr\u00e9d\u00e9ric est un dieu. Adore-le. Soigne-le. Embrasse-le comme un dieu. Non point un petit dieu personnel, un tyran domestique, mais le bonheur et la douceur elle-m\u00eame. Il a toutes les qualit\u00e9s et point de d\u00e9fauts du tout. Je b\u00e9nis comme toi sa perfection. Bonsoir moineau. Ton c\u0153ur bat trop vite si tu n\u2019es pas sage. Arr\u00eate-le et tu m\u2019entendras dire tout ce qu\u2019on raconte de toi dans le meilleur des mondes. Je te ch\u00e9ris au plus au point.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Lundi de Pentec\u00f4te, 13 heures<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Temps orageux, bonne chaleur. Nous avons tourn\u00e9 en cage toute la matin\u00e9e entre intellectuels patients, tous souriant des menues \u00e9preuves de l\u2019\u00e9poque, tous habitu\u00e9s \u00e0 franchir toutes les passes pessimistes, tous munis d\u2019un \u00e9ternel printemps qui ne tient pas compte des r\u00e9volutions, des tortionnaires et des bourreaux. As-tu lu les chiffres donn\u00e9s par monsieur Mitterand <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> \u00e0 la tribune de la Chambre sur les morts de 39 et 45\u00a0: 97.000 \u00ab\u00a0victimes civiles diverses\u00a0\u00bb\u00a0(!!!) ne sont ni d\u00e9port\u00e9es, ni bombard\u00e9es, ni fusill\u00e9es, mais apparaissent dans une liste d\u00e9j\u00e0 suspecte et incontr\u00f4lable comme une masse de Fran\u00e7ais jet\u00e9s \u00e0 terre par des fanatiques de la libert\u00e9). Dans les 150.000 \u00ab\u00a0d\u00e9port\u00e9s r\u00e9sistants\u00a0\u00bb on doit calculer au moins 100.000 juifs, plus les ouvriers fran\u00e7ais morts en Allemagne. Menthon, \u00e0 Nuremberg, avait donn\u00e9 40.000 morts dans les camps. Il faudrait expliquer cela. De m\u00eame sur les 57.000 FFI tu\u00e9s, la plupart sont des soldats de l\u2019arm\u00e9e Juin, form\u00e9e par Vichy gr\u00e2ce \u00e0 Weygand qui fut engag\u00e9e par De Gaulle en Italie et se fit quasi int\u00e9gralement massacrer. Les \u00ab\u00a0vichystes\u00a0\u00bb n\u2019ont pas de chance. Voil\u00e0 que c\u2019est moi qui te donne les nouvelles. Les condamn\u00e9s \u00e0 mort attendront jusqu\u2019au 15 juin pour voir examiner leurs dossiers. On recule. On temporise. On esp\u00e8re. Ramadier n\u2019est pas content. Et le populo encore moins. La vie devient intenable. Sous un gouvernement d\u2019imb\u00e9ciles, les honn\u00eates gens se d\u00e9cident \u00e0 s\u2019agiter. Confus\u00e9ment encore, la nation sent qu\u2019on a fait sur son dos une op\u00e9ration de gang. Il faut travailler \u00e0 la r\u00e9veiller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci dit, qui ne t\u2019int\u00e9resse point (car \u00e9go\u00efste), tu ne penses qu\u2019\u00e0 ton amour, et les secrets du c\u0153ur, et la joie que tu auras quand nous irons tous les deux dans les concerts ou les th\u00e9\u00e2tres \u00e9couter le Wagner ou le Beethoven ou le Bach qui est le meilleur souffle de l\u2019humain inspir\u00e9, quand je prendrai ta main de fillette pour t\u2019amener au Louvre ou \u00e0 Bruxelles, ou \u00e0 Anvers, ou aux offices, ou \u00e0 Rome, ou \u00e0 Memphis, ou \u00e0 Ath\u00e8nes, regarder les pierres, et les fresques, et les toiles, et les vierges nimb\u00e9es d\u2019or sur les fonds de richesse infinie, quand je te ferai \u00e9peler mot \u00e0 mot les vers de cristal et de pierreries, et de ros\u00e9e, et de douceur qu\u2019un po\u00e8te tira du plus haut de sa pi\u00e9t\u00e9 quand il buvait la lumi\u00e8re intime d\u2019un cr\u00e9puscule humain, quand il entrait dans un paradis nouvellement \u00e9prouv\u00e9. Nous marcherons dans des paysages de verdure et d\u2019extase plus pure, et je connais de hautes montagnes o\u00f9 le c\u0153ur devient si large qu\u2019il acquiert sa dimension infinie \u00e0 force de s\u2019accrocher \u00e0 des cimes et des lumi\u00e8res lointaines. Je cueillerai pour toi les fraises des bois, les papillons dor\u00e9s, les m\u00fbres gonfl\u00e9es d\u2019ardeur. Je t\u2019apporterai les grillons et les sauterelles aux ailes lucides et je t\u2019expliquerai le\u00a0 chant des \u00e9toiles quand la nuit commence \u00e0 \u00e9touffer le cri des choses. Nous aurons bavard\u00e9 avec des tas d\u2019animaux, cr\u00e9atures sublimes et simples qui repoussent toutes les complications de la ville. Nous aurons appris le myst\u00e8re des feuilles, et des lobes, et des calices, et des pollens. Par la couleur du nuage au soleil couchant, nous saurons comment prier pour que l\u2019orage du lendemain soit la meilleure le\u00e7on d\u2019attente, et le torrent sera moins fort que le flot de nos pens\u00e9es heureuses, \u00e0 regarder les gouttes de pluie s\u2019accrocher aux sapins sto\u00efques. Un monde s\u2019ouvre dans lequel il faudra avancer \u00e0 pas prudents, sans blesser les fleurs du gazon. Nous avons droit \u00e0 suivre le sentier s\u00e9v\u00e8re qui conduit au chalet de repos. Et de l\u00e0, la course si utile ne fr\u00f4le que des apoth\u00e9oses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis certain de terminer un petit recueil de portraits qui me d\u00e9plaisait \u00e0 \u00e9crire parce que violemment, et n\u00e9cessairement, acerbe. Il faut fustiger le monde pour s\u2019en d\u00e9tourner. Mais la s\u00e9rie trop longue de ces pantins \u00e9puiserait le lecteur. Je conclus donc positivement en tournant la page et en scellant ce livre de chair d\u2019un voile de douceur et d\u2019espoir vers d\u2019autres cieux. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s j\u2019ai l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire un court volume sur une th\u00e9orie de l\u2019art tel que je le con\u00e7ois. Sujet emballant. J\u2019en ai pour un mois environ. Pas touch\u00e9 \u00e0 <em>Gabriella<\/em> qui n\u2019a subi que quelques retouches. J\u2019attends d\u2019avoir con\u00e7u, re\u00e7u, exprim\u00e9 mon trait\u00e9 de l\u2019art pour commencer une nouvelle \u0153uvre car, faut-il s\u2019imposer quelques limites et ne pas c\u00e9der au seul instinct.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, jour f\u00e9ri\u00e9, pas de r\u00e9ception de courrier. Donc je ne te lirai point car j\u2019imagine qu\u2019une, ou plusieurs lettre sont en route. Que Fr\u00e9d\u00e9ric m\u2019a-t-il \u00e9crit cette semaine\u00a0? Il faut consid\u00e9rer les enfants comme de merveilleux professeurs de puret\u00e9. Je suis s\u00fbr que ton fils doit t\u2019apprendre des tas de choses que tu avais oubli\u00e9es, car tu savais tellement mieux, quant tu \u00e9tais toute petite que la vie est si belle qu\u2019on ne peut que s\u2019\u00e9merveiller. Je t\u2019aime. Je t\u2019embrasse. Je crois en toi. J\u2019attends tes lettres. Je te dis \u00ab\u00a0oui sans conditions\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Probablement erreur de mois (jeudi 5 juin ???).(note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Rumeur erron\u00e9e : Philippe P\u00e9tain fut emprisonn\u00e9 au fort du Portalet, dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, du 15 ao\u00fbt au 16 novembre 1945, puis transf\u00e9r\u00e9 au fort de la Citadelle sur L&rsquo;\u00cele-d&rsquo;Yeu (Vend\u00e9e). La sant\u00e9 du mar\u00e9chal P\u00e9tain d\u00e9clinant \u00e0 partir du d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1951 et ses moments de lucidit\u00e9 devenant de plus en plus rares, le Conseil sup\u00e9rieur de la magistrature, pr\u00e9sid\u00e9 par Vincent Auriol, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, autorise le 8 juin 1951 \u00ab l\u2019\u00e9largissement \u00bb du prisonnier et son assignation \u00e0 r\u00e9sidence \u00ab dans un \u00e9tablissement hospitalier ou tout autre lieu pouvant avoir ce caract\u00e8re \u00bb. Le transfert dans une maison priv\u00e9e de Port-Joinville a lieu le 29 juin 1951, o\u00f9 Philippe P\u00e9tain meurt le 23 juillet 1951. Il est inhum\u00e9 le surlendemain dans le cimeti\u00e8re marin de l\u2019\u00eele d\u2019Yeu. (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Fran\u00e7ois Mitterrand est ministre des Anciens combattants et victimes de guerre dans le gouvernement Ramadier en 1947. (note de FGR)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Samedi 24 mai 1947 Ma petite fille ch\u00e9rie, J\u2019ai re\u00e7u (enfin\u00a0!) ce soir ta lettre de jeudi. Paresseuse, hein\u00a0? Jeannette\u00a0? Alors, tu t\u2019ennuies\u00a0? Mais c\u2019est tr\u00e8s mal. Il n\u2019y a aucune raison de s\u2019ennuyer, de se tourmenter, d\u2019\u00eatre impatiente, &hellip; <a href=\"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2344\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":11,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"folder":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2344"}],"collection":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2344"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2344\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3246,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2344\/revisions\/3246"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"folder","embeddable":true,"href":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ffolder&post=2344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}