{"id":2436,"date":"2021-04-25T18:59:42","date_gmt":"2021-04-25T16:59:42","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2436"},"modified":"2024-01-22T16:52:29","modified_gmt":"2024-01-22T15:52:29","slug":"jm-a-jr-fresnes-47-09-28","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2436","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 47\/09\/28)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2432\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2445\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Dimanche 28 septembre 1947<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma ch\u00e9rie,<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">16 heures.<\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d\u2019abord on t\u2018embrasse, puis on te r\u00e9-embrasse, puis on te ch\u00e9rit, puis on murmure \u00e0 ton oreille deux ou trois mots souffl\u00e9s du ciel, puis on te dit qu&rsquo;on a pens\u00e9 \u00e0 toi, qu&rsquo;on y pense, qu&rsquo;on y pensera, que tout viendra, que tout vient qui doit \u00eatre le triomphe de notre libert\u00e9, le triomphe de notre patience. Il faut \u00eatre si p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de la pr\u00e9sence de tout ce bonheur qui ne souffre point de m\u00fbrir encore jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 nos yeux s&rsquo;ouvriront pour voir qu&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 tout entier, malgr\u00e9 l&rsquo;absence suppos\u00e9e, malgr\u00e9 les murs suppos\u00e9s, malgr\u00e9 les kilom\u00e8tres suppos\u00e9s, malgr\u00e9 les ann\u00e9es suppos\u00e9es, \u00e0 travers tout ce que notre pauvre imagination malheureuse intercale d&rsquo;obstacles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u2019ayant embrass\u00e9e, on recommence, et front contre front, tempe contre tempe, on t\u2019assure que tout notre c\u0153ur te ch\u00e9rit d&rsquo;affection pure, et l\u2019on sait ce que tu penses de bien de notre joie. Et l&rsquo;on se d\u00e9voue pour que tu sois si heureuse, que l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ne peut plus contenir tous nos cris secrets. Sais-tu bien que l&rsquo;amour grandit tous les jours quand il est b\u00e2ti sur ce roc d&rsquo;infini, quand c&rsquo;est Dieu qui l&rsquo;anime, car je n&rsquo;ai de cesse que tu sois marchante sur un tapis de joie, que tu reposes sur un oreiller d&rsquo;intelligence douce, que ton d\u00e9vouement soit fleuri de ma gratitude, que je n&rsquo;ai mis au bout de tous tes regards la lumi\u00e8re des horizons qui s&rsquo;ouvrent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On t\u2019embrasse parce que tu nous es n\u00e9cessaire comme la source \u00e0 la terre. Renouvel\u00e9e chaque \u00a0jour. Plus forte et plus patiente chaque jour, b\u00e9nie chaque heure, baign\u00e9e d&rsquo;effluves vivantes, \u00a0un torrent de paix, un fleuve sourire. Notre amour est plus vaste que la mer, le ciel et les champs d&rsquo;\u00e9toiles. Il rejoint l&rsquo;id\u00e9e m\u00e8re qui cr\u00e9e toute-puissance \u00e0 travers les formes. Je t&rsquo;aime comme une s\u0153ur qui serait mille fois ma s\u0153ur \u00e0 travers toutes les \u00e9poques depuis toujours comme une femme qui aurait toujours \u00e9t\u00e9 ma femme, comme celle qu&rsquo;on a toujours connue, et qu&rsquo;on ne quitte jamais. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il faut cr\u00e9er, trouver, d\u00e9couvrir entre nous pour que la pierre sur quoi nous b\u00e2tissons ne soit point emport\u00e9e par l\u2019orage. Il n&rsquo;y a pas d\u2019orage qui puisse foudroyer un amour \u00e9ternel. Les petites mis\u00e8res humaines ne peuvent rien contre l&rsquo;esprit, l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">19h. <\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque jour, \u00e0 chaque heure\u2026 j\u2019ai besoin de toi. C\u2019est un cantique protestant qu\u2019on chante dans les \u00e9glises am\u00e9ricaines. Combien de fois aurais-je regard\u00e9 ta, tes photos\u00a0? La derni\u00e8re, celle sur le pont, me plait infiniment. Tu es l\u00e0 toute pure, emport\u00e9e dans le vent contre un merveilleux d\u00e9cor, tr\u00e8s bien \u00e9clair\u00e9. L\u2019appareil est bon. Le cadrage est excellent. Une des meilleures photos que je connaisse. Pleine d\u2019espace. On y sent l\u2019air, le soleil p\u00e2le, les maisons tendres, le bruit du torrent, les cheveux d\u00e9coiff\u00e9s, la falaise touffue. Ce petit balcon \u00e0 l\u2019italienne si joli sur la droite. Tous ces \u00e9tages de ponts et de masses arcbout\u00e9es sur le terrain ravin\u00e9. Le vieux lierre qui pend contre l\u2019angle d\u2019un mur en biseau. Les taches de lumi\u00e8re qui d\u00e9coupent bizarrement cet \u00e9chafaudage de masses. Voil\u00e0 de la belle photo. Et tu es toute belle dans la lumi\u00e8re qui te mange la joue. Bien aussi les photos de Fr\u00e9d\u00e9ric p\u00e9cheur (il a toujours les pieds coup\u00e9s\u00a0!) Beaucoup plus naturelles que celle du photographe. J\u2019ai horreur des photos professionnelles. Elles sont d\u2019une banalit\u00e9, comme les complets-confection\u00a0! Si maintenant on veut me faire du sur-mesure il faudra du g\u00e9ant. Je ne porte que des robes de Dieu, des couronnes de nu\u00e9es et des armures d\u2019archange. Pour le Fr\u00e9do, pr\u00e9vois des ailes dans le dos.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2451\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/JR-194708-Aubusson.jpg\" alt=\"\" width=\"570\" height=\"302\" srcset=\"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/JR-194708-Aubusson.jpg 570w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/JR-194708-Aubusson-300x159.jpg 300w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/JR-194708-Aubusson-500x265.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 570px) 100vw, 570px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0(Photo prise \u00e0 Aubusson en Ao\u00fbt 1947)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2450\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-d-FGR-Jarnages-Copie.jpg\" alt=\"\" width=\"979\" height=\"616\" srcset=\"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-d-FGR-Jarnages-Copie.jpg 979w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-d-FGR-Jarnages-Copie-300x189.jpg 300w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-d-FGR-Jarnages-Copie-768x483.jpg 768w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-d-FGR-Jarnages-Copie-477x300.jpg 477w\" sizes=\"(max-width: 979px) 100vw, 979px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2453\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-e-FGR-Jarnages.jpg\" alt=\"\" width=\"1033\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-e-FGR-Jarnages.jpg 1033w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-e-FGR-Jarnages-300x167.jpg 300w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-e-FGR-Jarnages-1024x571.jpg 1024w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-e-FGR-Jarnages-768x428.jpg 768w, https:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1947-08-e-FGR-Jarnages-500x279.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 1033px) 100vw, 1033px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0(photos prises \u00e0 Jarnage en ao\u00fbt 1948)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon moineau, tu es toute chaude dans ma main o\u00f9 tu p\u00e9pies et tu grattes du bec. Paix pour ce soir. Les oiseaux se couchent de bonne heure. Je t\u2019ai pr\u00e9par\u00e9 un nid o\u00f9 la mousse est si paisible que tu ne pourras r\u00eaver que de musique absolue, celle qui monte plus forte que toutes les m\u00e9lodies du monde, qui n\u2019a point de notes, tant le chant en est prenant qu\u2019on ne distingue plus que le motif du musicien. J\u2019ai des chansons \u00e0 foison pour t\u2019aimer mieux. \u00c0 tous les carrefours. \u00c0 tous les coups d\u2019horloge. \u00c0 tous les appels le long de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand nous serons nous deux, le soir (les enfants couch\u00e9s), je te mettrai quelquefois dans une pi\u00e8ce, un livre en main, et j\u2019irai t\u2019\u00e9crire une lettre, pour que tu l\u2019aies le lendemain matin, quand j\u2019aurai pris l\u2019avion pour surveiller nos domaines (ou bien aller chercher du sucre chez l\u2019\u00e9picier). Nous aurons notre champ d\u2019atterrissage particulier, une laiterie, un village n\u00e8gre, un fleuve avec des crocodiles, une oasis (plusieurs), un lac (de plusieurs kilom\u00e8tres de long), trois ou quatre bateaux (\u00e0 voile, \u00e0 rame, \u00e0 moteur), un yacht pour la mer, une baleine pour amuser les enfants (dans le lac, on la transportera tout sp\u00e9cialement, on en fera l\u2019\u00e9levage. C\u2019est toi qui leur jettera du poisson. Il n\u2019en faut que quelques tonnes par repas), une voli\u00e8re, avec tous les oiseaux du monde, une for\u00eat de ch\u00eanes-li\u00e8ges pour les papillons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et nous ferons collection de timbres-postes, parce que nous correspondrons avec le monde entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici l\u2019heure de t\u2019embrasser encore. Ce matin je t\u2019avais dans mes bras au r\u00e9veil. Je t\u2019ai demand\u00e9 si tout allait bien. Tout allait si bien. J\u2019ai senti que tu \u00e9tais parfaitement tranquille, heureuse. On n\u2019est jamais content comme lorsque je me rend compte que nous sommes dans les bras de l\u2019infini. Dieu nous berce, comme il nous r\u00e9veille et nous anime. Comme il nous gu\u00e9rit, et nous emporte sur le vent. Comme il nous rev\u00eat de toute sa gloire secr\u00e8te. Un homme a autant de droits qu\u2019une fleur d\u2019\u00eatre \u00e9panoui. Je t\u2019embrasse sur tous tes fronts, toutes tes oreilles, toutes tes affections i,finies. Bonsoir.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Lundi 19 h.<\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gardien vient de boucler ma porte, apr\u00e8s une journ\u00e9e bien remplie pass\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital central o\u00f9 j\u2019avais une radio et o\u00f9 j\u2019ai revu des camarades tr\u00e8s chers, tous ardents pros\u00e9lytes de la Christian Science. On n\u2019imagine gu\u00e8re les amiti\u00e9s solides qui se cr\u00e9ent dans cette communaut\u00e9 o\u00f9 le meilleur voisine avec le pire, l\u2019id\u00e9aliste avec le plus violent, le militant pacifiste et le tueur de la Gestapo (qui aurait pu aussi bien \u00eatre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, car les aventuriers n\u2019ont pas d\u2019opinions politiques mais des ambitions pr\u00e9cises. Pour eux toute guerre, toute r\u00e9volution est pr\u00e9texte \u00e0 pillage).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Me voici donc seul avec ma plume. Elle court, la petite, comme un oiseau fend le ciel et court vers le boulevard Diderot. J\u2019ai re\u00e7u ta lettre tout \u00e0 l\u2019heure\u00a0; tout irait beaucoup plus vite si tu tirais le chariot dans le m\u00eame sens que moi. Tu verrais comme tu m\u2019aiderais et comme je t\u2019aiderais. L\u2019humain ne peut rien tout seul. Il faut bien qu\u2019il ob\u00e9isse \u00e0 un principe sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seul avec ma plume, c\u2019est seul avec ton c\u0153ur tout nu, d\u00e9pouill\u00e9 de tous tes pr\u00e9jug\u00e9s et de tes craintes, de toutes tes petites nervosit\u00e9s, de tous les \u00ab\u00a0je ne veux pas\u00a0\u00bb que tu m\u2019as dits l\u2019autre jour dans la cage. Pourquoi m\u2019as-tu refus\u00e9\u00a0? Quelle petite mouche piquait Dame Jeanne\u00a0? Est-ce que tu n\u2019as pas confiance en moi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 que je voudrais d\u00e9j\u00e0 \u00f4ter les reproches violents que je viens d\u2019\u00e9crire. Je connais trop bien la Jeannette pour ne pas savoir qu\u2019il suffira que je la prenne par la main le soir et le matin pour qu\u2019elle vienne de son petit pas d\u00e9cid\u00e9 vers la toute beaut\u00e9 qu\u2019on lui offre. Je sais que ma Jeannette a le c\u0153ur si grand qu\u2019il faut ne pas douter d\u2019elle et de son \u00e9lan. Elle connaitra toute la merveille et toute la simplicit\u00e9. Je lui pr\u00e9senterai des amis incomparables, vus sous un jour tel que toute la lumi\u00e8re du matin en p\u00e2lira sous l\u2019\u00e9clat. Et nous nous r\u00e9jouirons dans le bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tes colis sont toujours parfaits. J\u2019ai mis les reines-marguerites dans leur eau fraiche et sous le feu de ma joie. Ne me mets plus de th\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre. J\u2019en ai tr\u00e8s peu consomm\u00e9 depuis quelque temps et mot pot est rempli. Pour le reste, tout est tr\u00e8s bien. N\u2019oublie pas le riz si tu en as.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dis-moi o\u00f9 tu en es des manuscrits. J\u2019aimerai que les pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre soient abord\u00e9es bient\u00f4t. Utile. Tr\u00e8s utile. Je crois n\u2019avoir pas perdu mon temps. Sur une page de carnet j\u2019ai not\u00e9 mes projets. C\u2019est inimaginable. J\u2019en ai pour 25 ans de travail plein. Tu sais que d\u00e9j\u00e0, \u00e0 la sortie, j\u2019ai de quoi \u00e9puiser une secr\u00e9taire au moins deux mois. Attends-toi \u00e0 p\u00e2lir sous la t\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais te rendre quelques bouquins d\u2019\u00e9tudes que je poss\u00e8de ici et dont je n\u2019ai plus l\u2019utilisation imm\u00e9diate. Nous en parlerons jeudi. Car tu viens jeudi. Bien s\u00fbr. Comme de juste. Ne perds pas ton tour. Pas d\u2019histoires. Tu viens. Dis-le \u00e0 ma m\u00e8re. Du reste, c\u2019est entendu. Il n\u2019y a pas de doute l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Huit heures sonnent d\u00e9j\u00e0. On passe son temps \u00e0 r\u00eaver \u00e0 des fleurs et des mots tendres. Regarde la grande heure que nous avons pass\u00e9e ensemble. Si douce, si pr\u00e9cise, si pleine de bont\u00e9 pure. Je ne veux penser qu\u2019\u00e0 toi. Et pourtant, c\u2019est \u00e9go\u00efste. J\u2019aimerais aussi pouvoir penser ce soir \u00e0 un grand gar\u00e7on de 25 ans qui dort, les chaines aux pieds dans une cellule voisine et qu\u2019on va sans doute emmener demain matin ou vendredi pour l\u2019ex\u00e9cuter \u00e0 Chatillon. Je l\u2019aime comme un fr\u00e8re \u2013 ou comme un p\u00e8re \u2013 ce gosse. Il est sympathique. Il est sans doute, sans aucun doute, un malheureux que les \u00e9v\u00e8nements ont bouscul\u00e9. Il ferait, si on le graciait, un merveilleux chemin, s\u2019il avait des appuis, un guide. Je suis s\u00fbr que je le sauverai de lui-m\u00eame. Il n\u2019a rien commis de terrible. La loi d\u2019hier lui dictait le devoir de lutter dans le sens qu\u2019il a suivi. Et on va le frapper dans son r\u00eave naissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus en plus il me semble que la r\u00e9conciliation fran\u00e7aise soit impossible tant qu\u2019on n\u2019aurait pas d\u00e9truit les mensonges qui empoisonnent l\u2019atmosph\u00e8re. On n\u2019en n\u2019aurait pas fini de les d\u00e9nombrer. Sais-tu bien que je pense n\u2019avoir v\u00e9cu que la partie la plus facile de l\u2019\u00e9preuve\u00a0? Je voudrais bien te savoir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019eau, toi et Fr\u00e9d\u00e9ric, et tous les tiens pour que j\u2019aille vous rejoindre d\u2019un coup d\u2019aile. Il ne faut pas se leurrer sur ce qui vient. Les nuages s\u2019amoncellent, tr\u00e8s mena\u00e7ants. On ne sait pas o\u00f9 nous serons dans deux mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais foin de ces soucis humains. Pour ce soir je sais que tout est fort bien. Nous sommes tous en s\u00e9curit\u00e9, pour toujours, dans le sein de celui qui a cr\u00e9\u00e9 une fois pour toutes ses enfants heureux et libres. Je me sens parfaitement pur et s\u00fbr de l\u2019avenir ce soir, certain de passer \u00e0 travers toutes les ombres, toutes les affres de la temp\u00eate. Je suis si libre que les murs s\u2019en \u00e9croulent. Et je t\u2019ai d\u00e9j\u00e0 rejoint. Tu as d\u00e9j\u00e0 ma pr\u00e9sence. Rien ne nous s\u00e9pare plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">As-tu encore des photos\u00a0? Tu dois m\u2019en avoir cach\u00e9. Apporte-les jeudi. Tu me les feras passer dans une lettre si je les trouve \u00e0 mon go\u00fbt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au revoir, ma ch\u00e9rie douce. \u00c0 bient\u00f4t te lire longuement. Si longuement que c\u2019est une route, un chemin qui m\u00e8ne \u00e0 Rome. Et au bout on recommencera. J\u2019ai encore mille choses \u00e0 te dire. Mais pour cela, il faudrait mille pages. Et tu pr\u00e9f\u00e8res qu\u2019on te lise les romans \u00e0 haute voix. As-tu lu tous les po\u00e8tes mes amis\u00a0? Tu comprendrais mieux comment nous rejoindre. Lis-tu tout ce que je lis\u00a0? Moi, je sais tout ce que tu sais et c\u2019est pour cela que je t\u2019aime. Grosses bises sur tous les fronts.<\/p>\n<p>J.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Dimanche 28 septembre 1947 Ma ch\u00e9rie, 16 heures. 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