{"id":2501,"date":"2021-04-26T18:28:22","date_gmt":"2021-04-26T16:28:22","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2501"},"modified":"2021-04-26T18:43:32","modified_gmt":"2021-04-26T16:43:32","slug":"jm-a-jr-fresnes-47-12-22","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2501","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 47\/12\/22)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2497\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2505\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Lundi 22 d\u00e9cembre 1947<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma petite fille ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, j\u2019ai des plumes\u00a0! Des plumes qui ne grattent pas\u00a0! Des plumes qui \u00e9crivent normalement avec assez de souplesse, mais point trop molles, des plumes \u00e0 ma main\u00a0! Il ne reste plus, si mon moineau y pense, qu\u2019\u00e0 loger dans cette dextre un gros et lourd porte-plume en \u00e9bonite ou en bois plein (mais tr\u00e8s massif) pour \u00eatre le plus heureux des scribes\u2026.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai tout re\u00e7u de toi aujourd\u2019hui\u00a0: le pyjama chaud qui est \u00e9patant et dans quoi je vais me fourrer avec bonheur, le gui l\u2019an neuf, de belle tradition celtique qui met dans cette cellule la touche indispensable de chevalerie, ch\u00e8re \u00e0 tous les d\u00e9tenus rem\u00e2cheurs d\u2019histoire noble, le merveilleux colis dans quoi j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mordu comme un affam\u00e9 et, \u00e0 l\u2019instant, la lettre heureuse, pleine de pr\u00e9mices, pleine de bonne volont\u00e9 souple, pleine de caresses mentales o\u00f9 je d\u00e9niche entre les lignes les diamants de l\u2019affection, les fleurs ch\u00e9ries de la confiance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ta visite m\u2019a fait le plus plaisir du monde. \u00c0 tous points de vue. D\u2019abord parce que c\u2019\u00e9tait toi, que j\u2019ai vu ta petite t\u00eate si souriante coll\u00e9e au grillage avec tant d\u2019\u00e9motion tendre, qu\u2019il m\u2019a bien fallu secouer le vieil ours m\u00e9fiant qu\u2019on pr\u00e9tend que je suis, et reconnaitre que pour une fois il y avait devant moi quelqu\u2019un qui semblait m\u2019aimer, qui m\u2019aimait sans doute, et que, mon Dieu, je trouvais fort agr\u00e9able \u00e0 regarder, fort joli, et pour qui, serait-ce possible, j\u2019\u00e9prouvais des sentiments particuliers, inconnus\u2026 enfin, une sorte d\u2019attention profonde, beaucoup plus que de la passion (qui n\u2019est rien) mais de l\u2019int\u00e9r\u00eat, beaucoup, infiniment plus que de l\u2019attraction personnelle (qui est physique) mais le pressentiment que peut-\u00eatre nous pourrions envisager, apr\u00e8s mur examen, de construire sur du solide, si ce solide se r\u00e9v\u00e8le comme \u00e9tant tout bonnement, tout simplement, l\u2019immanence de l\u2019Esprit. L\u2019ignorance derri\u00e8re quoi tu te retranches est plut\u00f4t de la na\u00efvet\u00e9, ou de la timidit\u00e9, toutes choses qui s\u2019effacent sous le souffle d\u2019un bon vent quotidien qui vient du c\u0153ur tr\u00e8s chaud, vivant, anim\u00e9 d\u2019une puret\u00e9 impeccable. Et le bonheur est une conqu\u00eate difficile mais qui ne peut \u00eatre tent\u00e9e que par ceux qui ont des \u00e2mes d\u2019enfants. Il ne faut jamais vieillir. Bien au contraire. La sagesse est d\u2019une jeunesse toujours renouvel\u00e9e. Je t\u2019embrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce d\u2019Anouilh me parait charmante, mais c\u2019est une toute petite histoire de <em>commedia dell arte<\/em> trait\u00e9e sans doute avec ma\u00eetrise par l\u2019excellent auteur qui a du lui imprimer sa marque. Il me semble avoir lu le sujet cent fois dans ces recueils de th\u00e9\u00e2tre du XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> o\u00f9 les quiproquos, les doubles couples jouaient le plus grand r\u00f4le. Excellent th\u00e9\u00e2tre. Tr\u00e8s traditionnel. Non empreint de la vulgarit\u00e9 habituelle. Je vois que rien n\u2019est nouveau sous le soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis quelques jours je cherche des sujets, prends des notes. Il me semble qu\u2019il se dessine en moi une nouvelle phase de production. Dehors, les \u00e9v\u00e8nements ont l\u2019air d\u2019aller tr\u00e8s vite. Tu sais que j\u2019ai failli tenir ma promesse. Il se peut que ce soit ton aviateur qui ait raison, mais cela peut aller beaucoup plus vite. On voit ici des choses \u00e9tonnantes.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>19h30<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai din\u00e9. J\u2019ai t\u00e2ch\u00e9 de me r\u00e9chauffer avec un peu de mouvement sur place, puis j\u2019ai serr\u00e9 la main de quelques camarades qui partaient pour un camp et me voici \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un caf\u00e9 br\u00fblant entre le gui et tes marguerites de la semaine derni\u00e8re qui tiennent encore. On se demande pourquoi l\u2019homme s\u2019attendrit tant devant les fleurs. Si on les supprimait du globe, il apparaitrait dans son affreuse nudit\u00e9, caillou \u00e0 peine refroidi d\u2019une \u00e9ruption stellaire, d\u2019une d\u00e9solante s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. \u00c0 force de douleurs, on arrive \u00e0 comprendre qu\u2019il est des places qu\u2019on ne peut fermer sauf avec quelques p\u00e9tales, une corolle, le jaillissement d\u2019un lis, la ti\u00e9deur d\u2019un chrysanth\u00e8me. Le Paradis n\u2019est-il que d\u2019anges\u00a0? Sans fleurs ni oiseaux\u00a0? Nous t\u00e2cherons de les y apporter par fraude mutine. Je ne peux vivre sans cette consolation journali\u00e8re qu\u2019est la respiration d\u2019une plante \u00e9panouie, sans les mille formes color\u00e9es d\u2019un bouquet. Ce n\u2019est pas seulement parce qu\u2019il vient de toi, mais aussi de l\u2019infini, comme toi, comme tout\u2026 Comme le Fr\u00e9d\u00e9ric. Il est le roi des Rois. Apprend-lui \u00e0 maintenir son esprit si haut qu\u2019il s\u2019envole tout seul. Je t\u2019embrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, il faut travailler beaucoup pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019ambiance. \u00c0 force de r\u00e9p\u00e9ter que tout va mal, dehors et dedans, nous avons fini quelquefois par y croire. \u00c0 force de pr\u00e9voir le pire en le redoutant, on l\u2019attire sur sa t\u00eate et je suis oblig\u00e9 souvent de remonter la pente et de sermonner de braves types qui se d\u00e9sesp\u00e8rent et s\u2019imaginent qu\u2019ils sont enferm\u00e9s pour toute la vie.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>21h<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Second caf\u00e9. Lecture d\u2019un bouquin politique suisse, excellent \u00ab\u00a0<em>Sur un temps trouble<\/em>\u00a0\u00bb d\u2019\u00c9ric de Montmollin <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. J\u2019ai lu celui dont tu me parlais (<em>Entre Fran\u00e7ais <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em>). Pas mal, mais insuffisant. Et puis ce pr\u00e9tendant qui se pose en solliciteur. Tout cela est si d\u00e9pass\u00e9. Le num\u00e9ro de No\u00ebl de <em>Cin\u00e9monde<\/em> est immonde. Gueules de cabots, textes insipides, petit monde surfait, sous-intellectuels pr\u00e9tentieux. Combien plus profonds, puissants, sont les \u00e9v\u00e8nements que nous vivons.\u00a0 Comme ces gueux sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la vie\u00a0! Et tous ces acteurs qui s\u2019amusent \u00e0 parodier des personnages historiques\u00a0! Tu n\u2019imagines pas \u00e0 quel point ces b\u00eatises puent l\u2019ennui. Tout \u00e0 l\u2019heure je vais reprendre mes travaux, rouvrir quelque livre patiemment explor\u00e9, penser \u00e0 d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s qu\u2019\u00e0 ces fant\u00f4mes qui courent apr\u00e8s le succ\u00e8s mondain (leur propre admiration). Et toutes ces vanit\u00e9s vont s\u2019\u00e9vanouir dans le creuset d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 ardente. Ces magn\u00e9tiseurs exercent sur la foule leurs sortil\u00e8ges. Attention aux retours de flamme. Il se peut qu\u2019ils soient pr\u00e9cipit\u00e9s dans le gouffre affreux de leur m\u00e9diocrit\u00e9. On en connait de plus malins qui sont tomb\u00e9s de plus haut. Je t\u2019embrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce qu\u2019il me reste assez de place pour t\u2019embrasser \u00e0 ton gr\u00e9\u00a0? Travailles-tu aux deux derniers manuscrits en souffrance\u00a0? Si tu peux, patiemment, me faire ce plaisir, t\u00e2che d\u2019en faire l\u2019effort. Je crois que c\u2019est utile. Ce ne sera pas si long que tu crois. Et puis, cela te fait plaisir de travailler pour moi\u00a0? Pas vrai\u00a0? Alors, d\u00e9p\u00eache-toi d\u2019\u00e9prouver du plaisir. Tout cela bien entendu si tu as le temps. Mais on a toujours le temps de faire ce qu\u2019on aime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, je t\u2019embrasse, maintenant qu\u2019il n\u2019y a plus de barreaux entre nous. Je voudrais vivre dans un monde sans cin\u00e9ma. Tous ces gens sont trop tristes, \u00e0 mentir continuellement et aux autres et \u00e0 eux-m\u00eames. Il y a aussi des tas d\u2019\u00e9crits qui m\u2019agacent autant que les ruines et les gravats. Je me d\u00e9p\u00eache de dormir sur ton \u00e9paule. Tu es pure, toi au moins. G.G.B.<\/p>\n<p>J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00c9ric de Montmollin (n\u00e9 le 18 d\u00e9cembre 1907 et mort \u00e0 Lausanne le 26 f\u00e9vrier 2011), est un \u00e9crivain, enseignant et journaliste vaudois. Il est l\u2019auteur de <em>Empire du Ciel<\/em> (1941) et de <em>Sur un temps trouble<\/em> (1944) publi\u00e9 \u00e0 La Baconni\u00e8re. (note de FGR)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Entre Fran\u00e7ais<\/em>, Henri Comte de Paris (\u00e9ditions Henri Lefebvre, 1947) (note de FGR)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Lundi 22 d\u00e9cembre 1947 Ma petite fille ch\u00e9rie, Enfin, j\u2019ai des plumes\u00a0! Des plumes qui ne grattent pas\u00a0! Des plumes qui \u00e9crivent normalement avec assez de souplesse, mais point trop molles, des plumes \u00e0 ma main\u00a0! 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