{"id":2554,"date":"2021-04-28T19:16:15","date_gmt":"2021-04-28T17:16:15","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2554"},"modified":"2024-01-22T18:10:23","modified_gmt":"2024-01-22T17:10:23","slug":"jm-a-jr-fresnes-48-02-21","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2554","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 48\/02\/21)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2549\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2559\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Samedi 21<\/strong><strong> f\u00e9vrier 1948<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma fille ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu ne m\u2019as gu\u00e8re \u00e9crit cette semaine. \u00c0 peine un petit mot. Si occup\u00e9e\u00a0? Oublieuse\u00a0? Oh\u00a0! Que non\u00a0! Sans doute l\u2019habitude de tant penser \u00e0 trop de choses diverses. Soucis. Fr\u00e9d\u00e9ric. Et puis la certitude que je n\u2019en penserai point de mal. Et aussi peut-\u00eatre du retard dans le courrier. Le dernier mot date de dimanche. Ne comptons point. Tu auras sans doute attendu le jeudi soir, apr\u00e8s r\u00e9ception de mes bavardages. Et je te lirai lundi matin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelles nouvelles\u00a0? Pas de nouvelles. Tout va pour le mieux. Nous arrivons \u00e0 la solution. Dans tr\u00e8s peu de temps nous verrons clair. Le printemps s\u2019annonce beau. Malgr\u00e9 le gel, une des jacinthes a fleuri. Je les ai rentr\u00e9es prudemment. Mes carreaux sont givr\u00e9s. La fen\u00eatre est couverte de glace. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re la plaisanterie a dur\u00e9 trois mois. Esp\u00e9rons que cette ann\u00e9e ce froid importun cessera dans peu de jours. Seul en cellule, sans feu, c\u2019est plus dur. \u00c0 trois on se r\u00e9chauffe un peu. Je suis couvert de multiples lainages, et pourtant ce sacr\u00e9 hiver trouve le moyen de percer tout. On s\u2019enroule dans toutes les couvertures. Tout cela n\u2019est pas bien grave. J\u2019ai froid au nez surtout. Il me r\u00e9veille la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il apparait que les campagnes d\u2019amnistie continuent. Paul Reynaud \u00e0 son tour se met sur les rangs. S\u2019il en est un qui devrait dispara\u00eetre, c\u2019est bien l\u2019auteur de la d\u00e9faite, l\u2019homme qui poussa \u00e0 la guerre des milliers de Fran\u00e7ais sachant qu\u2019il devait les faire tuer pendant deux ans pour permettre aux Am\u00e9ricains d\u2019arriver. Mais ce genre de bandit a tous les culots. Et ce peuple est si amorphe qu\u2019il accepte. C\u2019est l\u00e0 le plus curieux, et le plus d\u00e9solant. Il semble qu\u2019il n\u2019y ait plus rien \u00e0 faire avec ces sortes de mentalit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bonjour pour aujourd\u2019hui. Bonsoir pour ce soir. Tu vois comme je pense \u00e0 toi t\u00f4t dans la semaine. J\u2019\u00e9tais si surpris qu\u2019on ne fut pas dimanche, samedi seulement. Et Jeannette est d\u00e9j\u00e0 si proche que je la sens venir ce prochain lundi, puis ce prochain jeudi, car tu viens, ah\u00a0! Mais\u00a0! Tu viens. Absolument. Aucun contre temps possible. C\u2019est la volont\u00e9 absolue de partout, d\u2019en Haut comme d\u2019en bas. Fichtre\u00a0! Il y a assez longtemps que je soupire apr\u00e8s ce parloir. Un mois sans te voir\u00a0! On m\u2019ennuie\u00a0! On m\u2019ennuie trop fort\u00a0! Si tu te faisais toute petite, ou toute l\u00e9g\u00e8re, ou toute diaphane, ou si tu priais tr\u00e8s fort, tu entrerais par la fen\u00eatre. \u00c0 moins que les portes s\u2019ouvrent avec fracas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce soit je suis en plein concert intime. J\u2019ai des tas d\u2019arp\u00e8ges dans la t\u00eate. Une musique \u00e9norme. Permettes que j\u2019aille \u00e9couter mon orchestre. Il me chantera toute ta tendresse. Sur tous les tons. Cuivres et violon. Pas besoin de radio, nous autres. Nous sommes un poste \u00e0 nous-m\u00eames. Le Beethoven chez toi. Je dois te dire que j\u2019ai aussi dans d\u2019autres cas un mus\u00e9e de peinture, et des villes\u00a0! En ai-je un d\u00e9fil\u00e9 de maisons, de palais, des d\u00e9cors, souvenirs et imaginations. On voit surgir de terre des spectacles immenses. Bonne nuit.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Dimanche soir<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous la lampe. Maigre lumignon. Mains froides. La branche de gui s\u00e8che sur le mur blanc repeint grossi\u00e8rement. Une jacinthe ouverte, l\u2019autre encore toute petite. Les marguerites se tiennent. Neige au dehors. Froid. Mais c\u0153ur libre. Chaud. Des heures sonnent. Nous ne sommes plus dans les heures. Je revois. Je revois\u2026 la gare de Lyon, ce restaurant d\u2019en face, o\u00f9 nous d\u00een\u00e2mes une fois, le boulevard Diderot. J\u2019arrivais avec ma bicyclette grise, sous la p\u00e8lerine, ou bien tr\u00e8s d\u00e9lur\u00e9, dans un complet gris printemps. Petite porte. Escalier d\u2019un \u00e9tage. \u00ab\u00a0Bonjour, vous\u00a0!\u00a0\u00bb Des chapeaux dans la salle \u00e0 manger. Divan intime. R\u00e9vision\u00a0: au milieu de la cohue des derniers jours. Inqui\u00e9tudes. Moi si calme. A voir tout craquer. On aurait pu \u00e9viter. On n\u2019a pas \u00e9vit\u00e9. Mais au fond, nous avons appris tant de choses. Je revois tout. Pourquoi\u00a0? Lu derni\u00e8rement un Apollinaire, \u00e9crit au front. Il revoyait tout. En vers, lui aussi. Il pressentait son accident. Moi, pas du tout. Je vois obstin\u00e9ment la sortie. D\u00e9livrance. La fin du cauchemar. Peu \u00e0 peu. D\u00e9livrance. Ma promesse pour No\u00ebl \u00e9tait b\u00e2tie sur des r\u00e9alit\u00e9s convaincantes. Le train a un peu de retard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut absolument que je te voie jeudi pour beaucoup de choses. Tu me rappellera\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">Affaire, compl\u00e9ment d\u2019information<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Floriot, Leroy<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Aviation<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Pronostic, Palais.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre chose : pas de bougie encore pour la semaine prochaine. Ai mon stock. Pense \u00e0 me parler du pasteur. \u00c9galement de <em>Gabriella<\/em> et Envie de R.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je me couche sur le m\u00eame oreiller que toi ce soir, tu me laisses te r\u00e9citer des vers\u00a0?\u00a0 Des vers pieux\u00a0? Je veillerai sur ton sommeil comme un ange, et tu sortiras toute fra\u00eeche demain dans le soleil doux, ou la neige bien blanche. Il y a des contes d\u2019hiver qui sont purs. On te bercera d\u2019histoires neuves. Bonsoir, petite fille. Les moineaux dorment \u00e0 cette heure.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Lundi<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout bien re\u00e7u et ta lettre esp\u00e9r\u00e9e. Enfin, te verrai jeudi. Je commence \u00e0 comprendre le pourquoi du compl\u00e9ment d\u2019information. Les braves gens ! Ils n\u2019imaginent pas le service qu\u2019ils me rendent. Encore quelques mois \u00e0 patienter et discuter. Je pense que l\u2019ann\u00e9e prochaine nous en serons encore \u00e0 recommencer l\u2019enqu\u00eate. Il y aura beau temps que toutes ces histoires seront finies. La haine n\u2019est pas belle mais je me ris de des fureurs vaines. J\u2019ai fait mon devoir, en attaquant certains, tout mon devoir. Et si j\u2019avais \u00e0 recommencer, \u00e9tant donn\u00e9 ce que je sais, je serai encore beaucoup plus tranquille, quels que soient les risques. Jamais chien enrag\u00e9 ne m\u2019a emp\u00each\u00e9 de dormir. Ne t\u2019inqui\u00e8te donc pas de ces histoires. Tout cela est fini. Ils en seront pour leurs frais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est important, c\u2019est d\u2019avoir maintenant un juge avec qui discuter. Pense \u00e0 m\u2019en parler jeudi. Note bien tous les points.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ma m\u00e8re te confie un paquet de linge (\u00e0 distribuer) prends-le, tu lui \u00e9viteras la course. Viens seule. Nous avons \u00e0 parler s\u00e9rieusement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le colis supprime cayenne et curry jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre. R\u00e9duits la ration de sel comme autrefois. J\u2019en ai provision. Le mimosa est superbe. Les marguerites tiennent bon. Tout est parfait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si tu savais comme la vie s\u2019\u00e9coule haute. Plus du tout d\u2019inqui\u00e9tude. Nous atteignons le calme, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 parfaite. Nous avons compris que la violence, la haine, sont toujours mauvaises conseill\u00e8res, qu\u2019il faut combattre l\u2019erreur, mais pardonner \u00e0 ses ennemis, les affronter quand ils vous attaquent injustement, mais ne pas cesser de travailler \u00e0 un id\u00e9al humain, m\u00eame si hier nous avons \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s par des passions douteuses. De plus en plus nous avons conscience d\u2019avoir eu en nous un peu de la v\u00e9rit\u00e9 politique et mystique qu\u2019il fallait quand nous nous opposions \u00e0 toutes les forces mauvaises qui p\u00e8sent sur la France. Ce sont elles qui ont d\u00e9bord\u00e9. Mais nous tenons quand, malgr\u00e9 tous les assauts, et il se peu que le petit carr\u00e9 que nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 faire triompher l\u2019id\u00e9e qui nous animait. A voir ce qui se passe au dehors, on prend patience plus librement. Puisse cette nation remonter la pente, avec toutes ses forces vives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il parait que la vie augmente terriblement. Comment faites-vous, bon Dieu\u00a0? Il faut gagner des fortunes pour arriver \u00e0 joindre les deux bouts. On m\u2019a dit des prix effarants. Bravo pour la vente du Chantepie. Je ne me rends plus compte si c\u2019est bien ou mal pay\u00e9. On verra bien. Traversons la crise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un petit peu de blanc au bas de cette page pour t\u2019embrasser. Ce n\u2019est pas assez pour dire tout ce qui reste \u00e0 dire. Mais nous avons toute la vie pour cela. Et bien plus encore que ce que nous en esp\u00e9rons. On t\u2019embrasse donc pour ce soir avec des mots tr\u00e8s tendres, aussi doux que ceux que tu mets dans tes lettres, dans les intentions qui parfument tes bouquets, dans le minuties qui pr\u00e9sident \u00e0 la confection des petits paquets, dans toute la joyeuses patience dont tu nous entoures tous deux. Encore un peu de temps et nous verrons combien nous avons eu tort de nous alarmer. Gros baisers.<\/p>\n<p>J.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Samedi 21 f\u00e9vrier 1948 Ma fille ch\u00e9rie, Tu ne m\u2019as gu\u00e8re \u00e9crit cette semaine. \u00c0 peine un petit mot. Si occup\u00e9e\u00a0? Oublieuse\u00a0? Oh\u00a0! Que non\u00a0! 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