{"id":2653,"date":"2021-05-15T14:18:32","date_gmt":"2021-05-15T12:18:32","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2653"},"modified":"2021-05-15T14:36:41","modified_gmt":"2021-05-15T12:36:41","slug":"jm-a-jr-fresnes-48-06-27","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2653","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 48\/06\/27)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2647\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2657\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Dimanche 27 juin<\/strong><strong> 1948<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai encore au moins pour huit jours de bonheur \u00e0 rem\u00e2cher le dernier parloir, et ensuite quelques jours de tendre attente pour esp\u00e9rer le suivant. Sais-tu que je suis tr\u00e8s heureux de notre dernier entretien. D\u2019abord tu \u00e9tais toute jolie, et charmante, et simple, et gentille (comme d\u2019habitude, comme tu l\u2019es toujours, ce n\u2019est pas une nouveaut\u00e9) dans une robe d\u00e9licieuse avec tes yeux, tes dents, tout toi, et tout ce que tu apportes de tendresse, et tout ce que tu me donnes d\u2019affection (que j\u2019ai bue, dont je me suis gorg\u00e9, que j\u2019ai trouv\u00e9e excellente, parfaite, dont je me r\u00e9jouis encore). Et puis tu trouves toujours les mots qu\u2019il faut. Et aussi les regards qu\u2019il faut, et l\u2019attitude qu\u2019il faut. J\u2019ai quarante-six ans de tendresse en retard \u00e0 te donner. Je ne savais pas \u00eatre aussi riche. Ce n\u2019est pas \u00eatre b\u00eatement amoureux mais sagement aimant. Un fleuve au compte-gouttes. Un flot de nuances. Une mar\u00e9e de d\u00e9licatesses patientes. Tu es ma petite fille et mon moineau. Tu es beaucoup plus que tout cela. Tu es l\u2019ange de mon attente. Quand je pense que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 bourru avec toi\u00a0! Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 bourru. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 bourr\u00e9 d\u2019intentions incomprises. C\u2019\u00e9tait ma mani\u00e8re d\u2019aimer que de froncer le sourcil, de para\u00eetre indiff\u00e9rent, de me dresser dans ma barbe, d\u2019avoir l\u2019air d\u2019\u00eatre absent. Et puis tu aimais beaucoup cela. Et maintenant tu aimes autre chose. Mes compliments\u00a0? Oui, parce que ce sont des v\u00e9rit\u00e9s que je pense. Et je ne dis pas tout. Je ne dis presque rien. Je me r\u00e9serve de grandes d\u00e9clarations. J\u2019ai besoin d\u2019accumuler pour propulser \u00e0 l\u2019infini d\u2019immenses tendresses. On t\u2019aime beaucoup. On t\u2019aime tout court. On aime t\u2019aimer. On te devine au fond. On \u00e9coute en toi. Autrefois j\u2019\u00e9coutais ton c\u0153ur battre. Aujourd\u2019hui, ton esprit bat de m\u00eame. Je le sens. Il n\u2019a pas vari\u00e9. Source toujours renouvel\u00e9e. Tu as toujours les m\u00eames yeux tendres. C\u2019est donc que tu m\u2019aimais profond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sors vendredi pour \u00eatre interrog\u00e9 rue B. d\u2019A. Vois s\u2019il est possible de faire quelque chose. Sinon, au jeudi suivant. Ne te tourmente pas. Surtout ne d\u00e9range pas ton travail. Je te pr\u00e9pare ce dont je t\u2019ai parl\u00e9. Ai r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 conversation Flo. C\u2019est tr\u00e8s bien. Tout \u00e0 fait d\u2019accord. Mais ne lui dit rien. J\u2019attends sa visite. Les nouvelles du dehors sont de plus en plus rassurantes. Tu as vu pour Dutilleul. Les tarifs des cours baissent quelquefois.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Lundi<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Midi sonne. Je t\u2019embrasse douze fois. \u00c0 ce soir. Tout parfait. Colis excellent. Te parlerai d\u2019une chose importante. Demande \u00e0 ma m\u00e8re jeudi soir ce que je lui ai dit au sujet colis linge. \u0152illets tr\u00e8s jolis. Beau temps. Tr\u00e8s content. Pense \u00e0 toi. T\u2019aime beaucoup.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>19h30<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fin de journ\u00e9e. Me voici ferm\u00e9. Tr\u00e8s agr\u00e9able d\u2019\u00eatre boucl\u00e9 par le dehors, oblig\u00e9 au travail, sans t\u00e9l\u00e9phone, sans plaisirs futiles, astreint \u00e0 de hautes t\u00e2ches. Lettre \u00e0 Jeannette d\u2019abord. Travaux litt\u00e9raires ensuite. <em>Oreste<\/em>. Lecture de Shakespeare , que je relis en ce moment (j\u2019ai un texte anglais d\u2019<em>Othello<\/em> avec traduction en regard\u00a0; la langue de ce bougre de William B. Shak. est extraordinaire, on s\u2019aper\u00e7oit que la traduction est, comme son nom l\u2019indique\u00a0: une trahison). Tout cela entrecoup\u00e9 de regards sur la photo de Jeannette. Quelques passage de <em>Bible<\/em>. Deux ou trois \u00e9tudes sur d\u2019autres points (j\u2019ai toujours cinq ou six ouvrages en train, et surtout d\u2019\u00e9normes projets). Il me faut au moins cinquante ans devant moi pour r\u00e9aliser tout. Pour ce soir, apr\u00e8s vaisselle faite, je me contenterai de quelques pages. Petit \u00e0 petit, l\u2019oiseau fait son palais. La construction de la grande pyramide a demand\u00e9 aussi du temps. Mais notre pierre est d\u2019une p\u00e2te plus dure. Elle bravera mieux encore les outrages temporels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce que tu penses des \u00e9v\u00e8nements\u00a0? Qu\u2019en dit-on\u00a0? La guerre\u00a0? Pas la guerre\u00a0? As-tu vu l\u2019aviateur\u00a0? Son avis\u00a0? Et ton patron\u00a0? Et les gens bien inform\u00e9s\u00a0? Quand tu viendras je te dirai beaucoup plus de choses que ceux de dehors. Nous sommes plus au courant que tout le monde. Le pifom\u00e8tre est un instrument de pr\u00e9cision. Et aussi les cartes. Un, deux, trois, quatre, cinq\u2026 un jeune homme blond. Un, deux, trois\u2026 \u00c0 la nuit. On m\u2019a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9dit vingt fois ma sortie depuis trois ans. Il y a toujours du retard. Preuve que j\u2019ai encore quelque chose \u00e0 faire ici. Tant que le travail n\u2019est pas fini. \u00c0 supposer que j\u2019aie encore quelques pi\u00e8ces \u00e0 \u00e9crire. Il y en a pour 10 ans\u00a0! Rassure-toi. Je crois que tout sera arrang\u00e9 avant, et que bient\u00f4t\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fois le P\u00e8re No\u00ebl sera au rendez-vous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans mon colis tache de mettre une ou deux feuilles de cellophane pas trop mince, si tu en trouves dans tes tiroirs. C\u2019est pour couvrir mon sous-main (environ 50&#215;40). J\u2019en ai mais elle est si mince qu\u2019elle claque imm\u00e9diatement. Une seule feuille suffirait si elle \u00e9tait tr\u00e8s forte (\u00e0 condition bien entendu que ce soit une d\u00e9pense minime. Je suis effar\u00e9 du prix de tout ce qu\u2019on me dit. On ne peut plus se rendre compte).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici que je vais t\u2019embrasser sans couvrir tout le papier. Pourquoi\u00a0? Parce que le travail m\u2019appelle et l\u2019on t\u2019a dit toutes les tendresses qu\u2019il faut. Tu sais bien que je suis bourr\u00e9 d\u2019un roman que je pourrais d\u00e9vider sans fin devant toi. S\u2019il te faut des fleurs d\u2019amour, tu les as. S\u2019il te faut des yeux tendres, on te regardera jusqu\u2019\u00e0 ce que le soleil t\u2019en apparaisse p\u00e2li. S\u2019il te faut des paroles l\u00e9g\u00e8res, nous allons glaner tous les vents de printemps pour qu\u2019ils vibrent longtemps et t\u2019\u00e9meuvent sans frisson. S\u2019il te faut une \u00e9paule amie, tu sentiras le souffle de ma bouche dans tes cheveux. S\u2019il te faut de longues soir\u00e9es devant des paysages immobiles, nous nous r\u00e9jouirons \u00e0 compter les nuages qui ne bougent que nous ne pensons \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 un ciel fixe. S\u2019il te faut des mains patientes sur les tempes, je t\u2019enl\u00e8verai tous tes soucis de la vie pour qu\u2019il n\u2019en reste que l\u2019infini de la joie. Il faut que tu comprennes que tu es aim\u00e9e sans limites. Et tu dois cela au tr\u00e9sor de toutes tes loyaut\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je t\u2019embrasse, ch\u00e9rie. \u00c0 bient\u00f4t te lire. \u00c0 tout \u00e0 l\u2019heure t\u2019\u00e9couter \u00e0 travers l\u2019espace, qui n\u2019est rien puisque je te sens vivre du m\u00eame rythme. Une revue am\u00e9ricaine que je lisais tout \u00e0 l\u2019heure dit que les m\u00e9nages heureux sont ceux o\u00f9 l\u2019on n\u2019attend moins de l\u2019autre personne que du perfectionnement de son propre caract\u00e8re. Donc ce soir, je vais passer quelque temps \u00e0 me roder, \u00e0 ton intention. Et ce faisant, je t\u2019aime davantage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gros gros baisers. Embrasse le Fr\u00e9d\u00e9ric naturellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Dimanche 27 juin 1948 Ma ch\u00e9rie, J\u2019ai encore au moins pour huit jours de bonheur \u00e0 rem\u00e2cher le dernier parloir, et ensuite quelques jours de tendre attente pour esp\u00e9rer le suivant. 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