{"id":2782,"date":"2021-05-17T16:15:58","date_gmt":"2021-05-17T14:15:58","guid":{"rendered":"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2782"},"modified":"2024-11-03T18:34:29","modified_gmt":"2024-11-03T17:34:29","slug":"jm-a-jr-fresnes-48-11-14","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2782","title":{"rendered":"JM \u00e0 JR (Fresnes 48\/11\/14)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2778\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1352 alignleft\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-precedente.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"78\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/?page_id=2787\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-1353\" src=\"http:\/\/monperejeanmamy.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Lettre-suivante.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"76\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Dimanche 14 novembre 1948<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ma petite fille ch\u00e9rie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, j\u2019ai re\u00e7u de toi un bout de lettre cette semaine, un gentil bout de lettre, plein d\u2019affectueuses choses. O\u00f9 est le temps de mes trois lettres hebdomadaires ! Il y a deux ans on \u00e9tait plus bavarde. On se fatigue \u00e0 trop redire des choses qu\u2019on ne pense qu\u2019\u00e0 demi. Pas vrai ? Ou que de temps \u00e0 autre. Ou bien, le temps parait si long qu\u2019on ne sait plus quand tout \u00e7a finira. Il y a des gens qui ne croient plus au p\u00e8re No\u00ebl. Alors, lassitude ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis la question n\u2019est pas que cela finisse vite ou que de longs mois restent encore \u00e0 pr\u00e9voir. Le gouvernement (celui d\u2019aujourd\u2019hui) a dit que l\u2019\u00c9puration serait termin\u00e9e fin juillet et que les mesures de gr\u00e2ce commenceraient d\u00e8s octobre 1949. \u00c0 ce compte-l\u00e0 nous avons des chances vers 1951. Tu vois comme tout va vite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s saisi par les froids cette semaine, mais me suis r\u00e9tabli rapidement. Deux tr\u00e8s mauvais jours \u00e0 grelotter de fi\u00e8vre, heureusement pass\u00e9e, et \u00e0 faire di\u00e8te. Et maintenant nous recommen\u00e7ons d\u2019arroser la salade avec la vinaigrette chimique de la maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il parait que dehors il se passe des tas de choses. Je m\u2019en f\u2026 J\u2019ai du travail. Je me demande si je ne ferais pas mieux d\u2019attendre encore quelques ann\u00e9es en prison, tant je vois de choses \u00e0 \u00e9crire. J\u2019ai pens\u00e9 bien s\u00fbr au sc\u00e9nario Valses Empire. C\u2019est encore informe dans ma t\u00eate qui est meubl\u00e9e de trois grands sujets imp\u00e9rieux (trois pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, modernes, toutes trois dramatiques). Et puis je me replonge dans Shakespeare. Gros travail. J\u2019ai eu ce mois dernier une avalanche de bouquins \u00e0 diss\u00e9quer. Il m\u2019a fallu des heures d\u2019\u00e9tudes. Et je suis naturellement sollicit\u00e9 par les \u00e9v\u00e8nements du jour de sorte que nous ne retrouvons l\u2019inspiration qu\u2019\u00e0 la bougie, l\u2019heure du th\u00e9 du soir. Festive r\u00e9compense de journ\u00e9es de luttes mentales (au bout de quatre ans le combat semble ralenti. Mais on tient, jusqu\u2019au dernier round. Vainqueur. On voit l\u2019adversaire chanceler. Pas encore K.O.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je voudrais que tu sois un terrible bas-bleu <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. On s\u2019\u00e9crirait des romans. Comme on fait de la musique ensemble. Pour ton sc\u00e9nario, je m\u2019inspire des <em>m\u00e9moires des deux jeunes mari\u00e9es<\/em> de Balzac <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. \u00c7a d\u00e9bute un peu comme on imaginerait un doux film d\u2019atmosph\u00e8re princi\u00e8re, luxueuse, vaine, fol\u00e2tre et rempli de d\u00e9licatesse du c\u0153ur. Car la vie n\u2019est que sentiment. On pourrait dire tout le contraire. C\u2019est selon le moment.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><u>Lundi 15<\/u>.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai d\u00e9pli\u00e9 tous les petits paquets, avec mes grosses pattes, en songeant \u00e0 tes doigts menus et j\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 des tendresses sur toutes les inscriptions, pattes de mouches, suscriptions alimentaires que ton regard avait effleur\u00e9es. Chaque vermicelle (il n\u2019y en n\u2019avait pas mais le nom est joli) est un accord secret. Chaque banane est un bonjour et le morceau de lard repr\u00e9sente la continuit\u00e9 dans l\u2019affection (\u00e0 propos ne m\u2019en mets plus que tous les 15 jours. Je trouve monotone de faire cuire ce corps gras r\u00e9guli\u00e8rement comme un m\u00e9tronome bat la mesure. Je sais que vous avez des difficult\u00e9s dehors, mais je cherche \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 l\u2019automatisme terrible des menus de prison et ma semaine m\u2019apparait comme \u00e9tant la 200<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un d\u00e9boul\u00e9 gastronomique parfait en soi, mais qui menace de par son trop pr\u00e9vu de devenir une suggestion indigeste). Excuse les taches du papier. Ce sont des torticolis de pens\u00e9e qu\u2019on remet droit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre trouverez-vous, ma m\u00e8re et toi, quelques variantes. Il suffira de peu de chose. Le riz m\u2019a fait plaisir, et aussi que le r\u00f4ti soit remplac\u00e9 par un p\u00e2t\u00e9. Et aussi l\u2019andouillette (tout ce qui est impr\u00e9vu). Tu me diras que je deviens bien difficile. Non. Je me r\u00e9veille d\u2019un r\u00eave lent. Pourquoi tout \u00e0 coup pensons-nous \u00e0 des coins de ville entrevus il y a longtemps, tr\u00e8s connus, et o\u00f9 il nous semble \u00eatre pr\u00e9sents tant la vision en est vive ? Je revois \u00e0 l\u2019instant (mais quel rapport ?) le march\u00e9 aux timbres des Champs \u00c9lys\u00e9es, le coin de rue o\u00f9 habitait le capitaine je ne sais qui, qui faisait du cin\u00e9ma, et d\u2019autres immeubles. Depuis quatre ans, j\u2019ai revu ainsi tout Paris, toute la France, un peu de l\u2019Espagne, de l\u2019Italie, de la Suisse, de la Belgique, des tas d\u2019endroits qui reviennent comme des clich\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et depuis trois jours, j\u2019ai des r\u00eaves d\u2019une pr\u00e9cision si lumineuse ! J\u2019aurais d\u00fb les noter car on les oublie facilement. Mais tu fais partie d\u2019un des derniers. Et tu y portais des bottines montantes \u00e0 la mode de 1917 (tu n\u2019as pas connu ces sortes de demi-jambi\u00e8res). Or, dans un opuscule tout r\u00e9cent de la derni\u00e8re pi\u00e8ce d\u2019Achard, on voit des photos repr\u00e9sentant Yvonne Printemps avec de pareilles chaussures \u00e0 tige. Voil\u00e0 qui explique peut-\u00eatre les bizarreries de mon sommeil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu n\u2019\u00e9tais pas tellement contente de me voir. Je te dirai plus tard pourquoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours pas de lettre de toi aujourd\u2019hui. Il faudra que je t\u2019ach\u00e8te une bo\u00eete de plumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019esp\u00e8re que tu as fini par rejoindre \u00e0 la gare Saint Lazare le petit homme du ciel. D\u00e8s que tu auras des nouvelles de mon ami Paul tu voudras bien me poster un mot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Flo., je n\u2019ai rien \u00e0 lui dire. Il sait bien ce qu\u2019il faut faire. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il aura fait le n\u00e9cessaire pour que nous n\u2019ayons pas d\u2019ennuis avec les voisins avant le printemps (et plus encore s\u2019il se peut). Je ne suis pas du tout press\u00e9 de r\u00e9gler cette affaire. Veux-tu voir cela sans faute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de maintenant, tiens-toi toujours pr\u00eate \u00e0 venir le samedi, car je puis avoir des choses importantes et urgentes \u00e0 te dire. Je te le ferai savoir par Floriot. Donc, tu d\u00e9commanderas ma m\u00e8re s\u2019il y a lieu. Laisse-la venir ce samedi pour que je lui joue un superbe solo filial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019esp\u00e8re que le plus beau des blonds a perdu son parasite. Que ce soit sa premi\u00e8re le\u00e7on politique. Il faut se d\u00e9barrasser des suggestions (quelquefois tr\u00e8s anim\u00e9es) qui s\u2019accrochent \u00e0 vous pour \u00e9puiser votre substance. Le ver solitaire est, par rapport \u00e0 l\u2019homme, ce que certains de nos torts sont aux nations. Je te f\u00e9licite donc du petit Auschwitz intestinal que tu as n\u00e9glig\u00e9 \u00e0 ton bonhomme. Il s\u2019en sort plus l\u00e9ger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 bient\u00f4t te lire, abondamment. Je t\u2019embrasse sur ton c\u0153ur de moineau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> L&rsquo;expression \u00ab\u00a0bas-bleu\u00a0\u00bb appara\u00eet au XIXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer une femme de lettres<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>M\u00e9moires de deux jeunes mari\u00e9es<\/em> est un roman \u00e9pistolaire d\u2019Honor\u00e9 de Balzac paru sous la forme de roman-feuilleton dans La Presse en 1841 en deux parties sous deux titres diff\u00e9rents : <em>M\u00e9moires d\u2019une jeune femme<\/em> (sans doute \u00e9crit en 1834) et <em>S\u0153ur Marie des Anges<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Dimanche 14 novembre 1948 Ma petite fille ch\u00e9rie, Enfin, j\u2019ai re\u00e7u de toi un bout de lettre cette semaine, un gentil bout de lettre, plein d\u2019affectueuses choses. 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